NUMÉRO 129 REVUE BIMESTRIELLE février 2010-mars 2010

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'amour
 
Bernard, Hervé La peur d'aimer
 
Bouket, Gaël Avec amour
 
Courbarien, Elisabeth L'amour
 
Delagneau, Philippe L'amour
 
Giosa, Alejandro La ley única
 
Labhraidh, Seonaidh El amor
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla El amor
 
Recher, Aurélien L'amour
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juin 2009
 
Thomas, Claudine L'Amour


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Le thème à décliner est l'amour. Il s'agirait de commencer par l'amour des couples, car c'est le thème dominant des consultations. C'est le lieu d'échange le plus complexe, car la communication y est la moins transparente.

Qu'est-ce que s'aimer en couple ?

C'est reconnaître l'individualité de l'autre, mais à partir de la connaissance de sa propre individualité. Je commencerais par dire que le manque d'une relative connaissance de soi ne peut qu'apporter la confusion et que c'est à partir de la confusion que s'établit le « silence » dans un couple.

Au lieu de se parler directement, chacun dialogue à l'intérieur de lui-même avec ses objets internes. Ainsi la communication verbale n'est qu'une légère trace du « vouloir dire ». Cela appauvrit progressivement les espoirs de compréhension et survient la rupture.

On ne dit pas ce que l'on veut dire, mais ce que la colère dicte, ce que l'impuissance à être compris dicte. Dans l'achèvement d'une vraie communication, le silence est la meilleure parole, mais en commençant à faire le silence à l'intérieur de son corps, en écoutant ce silence qui sait.

Dans un couple où règne la transparence, même dans les échanges réciproques, des fantasmes sont exprimés naturellement « Que veux-tu être pour moi ? Que veux-tu que je sois pour toi ? » Si le fantasme n'arrive pas à être mis en parole, l'imaginaire part ailleurs.

Voici mon cas clinique dans ces développements d'aujourd'hui du 26 février 2010 :

Madame NN me disait ce matin « je sais que j'ai tant aimé toute ma vie. Chaque fois qu'il venait, sortant de sa vie « ailleurs », avec des femmes différentes, je n'arrivais pas à pouvoir recevoir de lui la moindre marque d'affection sensuelle ou sexuelle, il y avait même des échanges de parole, des mots d'amour, des mots de repentir après ses absences…

Il a passé plus de trente ans en allant de femme en femme et en me gardant en réserve pour l'accompagner dans ses fatigues. Il ne m'a jamais dit ce qu'il voulait de moi en tant que femme. Il n'y a pas eu de communication ou peut-être trop de communication banale… peut-être n'a-t-il pu aimer que mon silence qui lui permettait de s'endormir et de ne pas séduire. De ma part, je voulais de lui l'homme en chair et en os, sensuel, sexué et aimant. Je lui avais fait part de mon désir de lui mille fois ou beaucoup plus, pendant 30 ans, ce n'était jamais le moment pour lui de dire « oui ».

Qu'aurais je dû faire ou ne pas faire ?

Notre relation conjugale, car il y a eu le mariage, n'a duré que 7 ans. Un jour pas comme les autres, sans prévenir, il est parti !

Je me demande si son fantasme par rapport à moi n'était pas à tel point possessif qu'il devait passer par le mécanisme de m'humilier de façon permanente en me montrant son pouvoir sur les femmes et ainsi sur moi ? Il ne s'est jamais caché. Son fantasme dominant pour se convaincre lui-même d'exister c'était « séduire ». Moi je continuais à l'attendre. Il a gagné, il m'a humilié à tous les niveaux, sauf intellectuel, spirituel et humain. Je vous dirais qu'il n'a rien gagné, car les choses de valeur me sont restées. Oui, de valeur, mais le temps passant, il m'a volé la jeunesse en me condamnant à l'attendre sans pouvoir m'attacher à un autre homme.

Il s'est promené devant moi avec de nouvelles femmes, riches, richissimes et médiocres. Le type de femme qui aime bien se payer un accompagnateur capable de donner vie à leurs fantasmes monnayés.

Aurais-je pu lui offrir un socle à ses fantasmes ? Oui, il aurait voulu me battre, pour échapper à mon regard qui connaissait sa vérité, en plus j'ai toujours menti pour lui pour le garder misérablement, je ne l'ai jamais dévoilé devant ses maîtresses.

J'étais devenue et je continue à être le dépositaire de ses mensonges. Il a gagné. Il m'a humiliée. Je n'oserai pas le dénoncer. Il est impossible de parler avec lui. Y a-t-il eu dans notre vie un espace de communication ? Par ailleurs ma présence n'a fait que le faire briller devant les femmes qu'il séduisait. J'ai l'impression d'avoir été présente dans chacune de ses relations. C'était pour lui me posséder par l'humiliation en me faisant partager ses fantasmes érotiques dans sa relation avec les autres.

En tant que son analyste, je suis tout à fait d'accord avec le contenu et l'intelligence de cette interprétation. Je suis cette femme depuis plus de quinze ans. Chaque fois qu'elle est légèrement attirée par un homme, rien n'existe en elle que l'image fantasmatique de l'autre, désirable, mais inatteignable et que rien n'arrive à détruire. Quelques jours après et sans passage à l'acte, l'attirance s'éteint : elle renonce à l'homme, et je dis qu'elle arrive à castrer son fantasme, donc le désir vers la jouissance s'éteint.

Cette femme a eu plusieurs mariages. Du premier, elle a divorcé pour se marier avec son « agresseur ». Le troisième est décédé. Celui-ci était un bon mari. Elle l'a épousé après le divorce avec son « agresseur » pour se protéger et renoncer, au moins en apparence, à cet amour, pour ne pas mourir seule.

Quel masochisme ou quel amour ?

Je dirais quelle soumission, quelle peur d'aller vers l'inconnu, quelle peur de perdre ce qu'elle ne possède pas ! Quelle rigidité, quelle fixation à l'opposé de son modèle de père !

Peut-être n'a-t-elle pas pu se pardonner de tant l'aimer, comme pour se sentir incapable de la satisfaire ?

Trop de haine et de comportement pervers ne peuvent se comprendre autrement. La rendre son complice c'était pour lui peut-être plus facile que la séduire en tant que femme. Je soupçonne qu'elle aussi était inatteignable pour lui. Pourrait-il posséder la perfection sans la détruire ? Et encore je crois que maintenant il souhaiterait finir cette histoire, mais elle ne peut se finir que par la mort, mais si un des deux part, l'autre serait détruit, et encore plus lui, parce qu'elle l'aurait affranchi d'attendre et enfin pourra aimer. Mais qui, comment, dans combien de temps ? Trop tôt ils se sont rencontrés, trop tard ils se seront séparés sans confrontation ni résolution que par la mort.

Je continue mon travail péniblement, peut-être un jour nous aurons compris ensemble le sens de sa soumission.

En tout cas j'apprécie ma patiente, son courage, sa réussite dans la vie, malheureusement elle n'a rien gardé de ses affects, elle est absolument seule. Sa famille l'a laissée. Son degré de soumission a éloigné d'elle tous ceux qui l'ont aimé. Cette femme en apparence volontairement solitaire, en réalité, n'a pu que s'enfermer pour attendre l'agresseur. Les hommes l'adoraient, mais « elle ne se laissait pas adorer », comme disait d'elle son premier analyste, car je ne suis que son quatrième, le prochain, si ça continue, sera Dieu, et les séances se dérouleront au paradis, un paradis qu'elle conçoit comme un endroit où elle dira oui à tous les hommes, ou elle fera l'amour sans cesse pour rattraper le manque.

En plus elle est belle et dans sa solitude elle s'endort chaque nuit en se disant « un jour de moins sans aimer ».

Terminé le 24 mars 2010,

C'est le printemps et maintenant je reviens vers moi,

je veux décliner « l'amour selon moi », drôle de questionnement, un jour de mars pas comme les autres !

Tragique, en vérité, est la situation de l'amour. Il a le monde presque entier contre lui, on ne le nomme presque plus, il n'est devenu qu'une attirance intéressée. Il est la partie la plus confuse et la moins défendue de la culture. La possibilité même de son existence est sans cesse remise en question, et chaque être est obligé pour commencer à lui défendre de traiter de montrer son existence et sa valeur.

Les attaques dont l'amour est l'objet, viennent d'en haut et d'en bas, la religion est son ennemie, car elle demande à l'amour qu'il soit inclus dans un contexte sans tabou, ni loi.

Et par ailleurs, il faut reconnaître que l'amour a besoin d'être compris comme une révélation, qui est l'essence de la religion, dans la pureté de son origine. Après, il se contamine étroitement avec les réactions de la communauté humaine à travers la manière dont les hommes l'utilisent pour servir leurs intérêts divers.

En sa nature originelle, la révélation de l'amour, cette graine d'énergie qui existait en « germe, non manifesté » avant cette révélation, n'est pas une connaissance, elle ne renferme rien de cognitif. Elle ne le devient que par ce que l'homme y ajoute, par la réflexion, par la pensée humaine.

On ne saurait admettre l'absolue passivité du sujet dans la révélation d'un état qui le « transperce ».

L'homme accueille la connaissance, par la révélation, qui alors envahit l'espace vierge du sujet comme si elle entrait dans une chambre dont la porte est déjà ouverte.

L'objet amour peut alors se convertir à l'intérieur du sujet, en connaissance, c'est-à-dire en un événement intellectuel et spirituel.

Du fait que le sujet est alors touché par la connaissance, il peut transformer l'objet et découvrir le sens et le non sens de cette relation révélée.

L'amour devient donc création et organisation.

Par l'amour essentiel l'homme devient alors maître du chaos et lumière dans les ténèbres de la confusion qui fait apparaître l'amour comme l'ennemi innommable, car il cache des désirs déviants et pervers.

Il se peut qu'il soit préférable de se laisser être aimé par l'amour, pour ne pas trembler de peur, en face des fantasmes destructifs qu'il peut engendrer.

Ce n'est pas l'amour qui est confus, c'est l'homme et la culture qui l'utilisent comme justification pour aller alors plus loin dans les désirs de possession et de pouvoir.

Écrit le 30 mars 2010,
en sachant que le thème n'est pas achevé.
Devant moi des portes me sont offertes comme une révélation
pour continuer à explorer ce qui n'est pas un thème,
mais le thème qui renferme en lui la vie et la mort, l'Éros et le Thanatos.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La peur d'aimer est-elle une maladie ou n'est-ce que l'expression d'une prise de responsabilité vis-à-vis d'un acte d'engagement ?

Comment peut-on comprendre autrement la part si importante de célibataires ou de couples qui ne fonctionnent plus dans nos sociétés, alors que l'amour est une expérience humaine qui s'est toujours perpétuée à travers le temps et dans toutes les cultures, comme une valeur universelle et intemporelle ? Combien de fois entendons-nous le discours de la difficulté de trouver l'autre, comme excuse ou comme justification de ce célibat qui perdure, de cette solitude qui nous accompagne comme un compagnon quotidiennement ?

Aurait-on perdu la capacité d'aimer par l'effet d'une éducation mal conduite ? Nous satisfaisons-nous d'une vie différente faite d'amis, d'occupations, de sentiments amoureux éphémères entre amants de passage dans un enchaînement de vie qui nous convient ?

Ne serait-ce pas tout simplement la peur d'aimer ? Certes l'attrait du sentiment amoureux, l'espoir d'une plénitude qui sonne comme la béatitude de la position de l'enfant près de sa mère, engendrent toujours des pulsions puissantes et agissent comme une grande force d'attraction, consciemment et inconsciemment. Mais ces aimants sentimentaux semblent se heurter à des forces contraires agissant comme des barrières infranchissables, comme des protections vis-à-vis de tout élan amoureux qui pourrait conduire à une « terra incognita » dans cette région du cœur, où la météorologie devient une science la moins exacte du monde.

Bien sûr, la peur d'aimer se nourrit souvent de la crainte de souffrir, que ce sentiment ait pris naissance au cours d'une expérience précédente traumatisante pour soi ou que l'étayage de l'amour se soit heurté à l'observation dans l'enfance, puis dans l'adolescence, de situations proches trop négatives : des couples mal assortis, des parents qui se disputent de manière répétitive, un discours ambiant sur l'amour non encourageant…

Dans sa configuration la moins favorable, l'apprentissage de l'objet « amour » peut s'accrocher à un syndrome abandonnique : la relation à l'autre est complètement polluée par la crainte irrépressible que l'autre vous abandonne, que ce scénario se déroule sans raison ou associé à un sentiment de manque d'estime de soi : si l'autre est parti, c'est que je ne suis pas bien, je ne mérite l'amour de l'autre, je ne mérite pas d'être aimé… Une telle angoisse, souvent refoulée, car trop perturbante pour la construction de relations humaines au quotidien, inhibe complètement la conduite de l'autre dans toute situation où peut se jouer la rencontre affective avec l'autre.

Et souvent la peur se nourrit d'elle-même, comme un circuit fermé, en finissant par oublier quelle a été la problématique initiale, si tant est que nous l'avons sue, identifiée, reconnue un jour. Les résistances à aimer deviennent alors des compagnons autonomes, dont la proximité nous rassure, car nous fonctionnons ainsi en terrain connu.

Mais l'amour ne se laisse pas piéger aussi facilement, le réservoir des pulsions de la vie, des fantasmes est inépuisable et doté d'une puissance indestructible : la guerre entre les pulsions de vie et les pulsions de mort est éternelle. Parfois, la forteresse de la peur d'aimer se lézarde d'un coup, au gré d'une rencontre coup de foudre, ou bien progressivement par l'assaut des désirs de vivre autrement, de sortir de cette impression de plus en plus prégnante d'enfermement ou de fonctionner sans but, sans fierté d'avoir réalisé quelque chose de sa vie.

C'est là que va se jouer la bataille entre vivre librement sa vie sentimentale et vivre sans amour. Il peut être préférable, selon la personnalité et le degré de préparation de chacun, que cette véritable guerre « psychologique » se passe inconsciemment ou en toute conscience. Pour un profil peu préparé ou manquant d'armes pour se défendre, il vaut peut-être mieux que la conscience ne prenne pas peur et que cette confrontation se passe à un autre niveau, par exemple intellectuel, logique, comme si l'inconscient avait l'intelligence de déplacer le débat vers un plan où l'être conscient est mieux armé pour défendre ce qui lui tient vraiment à cœur, au plus tréfonds de son âme.

Mais parfois le surmoi est également très puissant et ne laisse rien passer pour la maîtrise complète de tout développement sentimental allant jusqu'à prévenir toute occurrence potentielle de la naissance de sentiments, ce qui peut amener à une sorte de confinement sentimental, chaque surmoi élaborant sa meilleure stratégie adaptée à l'être tout entier : pour certains cela pourra conduire à fuir l'autre et toute possibilité de rencontre, pour d'autres plus subtilement la fuite deviendra inexorable physiquement ou psychologiquement dès que la possibilité d'établissement de sentiments réciproques apparaîtra.

Mais heureusement il est possible de leurrer et de comprendre le surmoi et autres îlots de résistance de cette camisole sentimentale, par le travail sur soi et déconstruction progressive de la forteresse : « contrôle, discipline, minutage, volonté » ou « commencer, continuer, achever, entretenir » (docteur Pioton-Cimetti de Maleville) !

Hervé Bernard



Agit-on vraiment différemment vis-à-vis des personnes que l'on aime ? L'amour nous donne-t-il d'autres envies envers celui qui porte cet amour et existe-t-il une sorte de contrat qui nous lie ? Ou l'amour rend-il uniquement certains choix plus difficiles ou plus heureux ? Le choix juste est-il dépendant de l'amour que l'on porte ? Si tel est le cas, il s'agirait plutôt d'un attachement qui serait synonyme de contrainte et la contrainte ne permet pas un amour désintéressé. L'amour doit donc se situer au-delà de toute contrainte, de toute dépendance. Il n'est alors ni le plaisir, ni le désir, ni le besoin. Nous ne devons alors avoir aucun intérêt à aimer. Nous aimons, parce que nous aimons, sans autre raison. Ce qui semble difficile à appréhender, c'est la peur de la perte de l'amour de l'autre. C'est cette peur qui engendre des tensions, des besoins, des dépendances. Mais un amour désintéressé peut-il se perdre sous l'impulsion d'une décision qui n'a aucun rapport avec cet amour ? L'amour n'est-il pas de respecter la décision de l'autre. Si l'on suit ces réflexions, rien ne doit pouvoir se mettre au niveau de l'amour. Il ne peut rentrer en compte dans aucune prise de décision. Mais il s'agit d'un amour idéal, celui des livres et des grandes traditions, presque une utopie. Peut-on faire du mal à quelqu'un que l'on aime ? Et lui fait-on réellement du mal si on pense agir pour le mieux ?

Tous ces questionnements viennent d'une situation précise. Je veux quitter des personnes que j'aime ; avec lesquelles j'ai passé beaucoup de temps. Si je ne les aimais pas autant, mon choix serait déjà fait. Mais j'ai peur de leur opinion, de leur mépris ou peut-être de leur indifférence. J'ai envie de leur dire que je les aime, que je serai toujours là, que je ne les quitte pas vraiment, je serai juste à un autre endroit que d'habitude et nos regards se croiseront moins souvent. Mais c'est tout. Rien ne change. Je suis toujours moi et ils sont toujours eux et je les aime plus que jamais, car l'éloignement révèle les sentiments. Mais j'ai bien conscience ici qu'il ne s'agit pas uniquement de cet amour absolu. Si j'étais un grand maître dans un livre je dirais : « Mon destin prend un autre chemin. Que la paix soit avec vous » et le débat serait clos, car mon amour serait inconditionnel et ne serait entaché d'aucun sentiment parasite. Mais je ne suis pas dans un livre et la vie me racle, et si cet amour pur existe bel et bien en moi, je le sens et me confirme que la décision est juste, l'autre amour se fait entendre et crée des tensions importantes en moi, me fait douter. Je crois que j'ai simplement peur que l'on ne me comprenne pas.

Mais alors, comment être digne de l'amour que l'on porte à quelqu'un, le mensonge, la dissimulation serait la pire des choses. Pas pour eux, mais pour moi. Pourquoi la peur ? Aujourd'hui, dans un autre contexte, un soignant m'a dit que mon problème était que je me mettais trop la pression, pour tout. Je le vois bien ici. Quelle pression ! Combien de doutes, de confusion ! Peut-être peur de faire une erreur et de ne pas pouvoir revenir en arrière. Doute, peur. Tout sauf de l'amour dans cette prise de décision. Où est l'amour ? Amour guide-moi !

Alors je l'écris avant de le dire en face. Je vous ai aimée, je vous aime et je vous aimerai, mais je ne reviendrai pas. Pourquoi ? C'est compliqué. Rien ne m'appelle autre part, je n'ai rien à reprocher. D'où vient cette décision ? Je ne pourrais pas le dire précisément. Si j'arrive à voir derrière cette pression que je ressens, je voudrais juste dire que ce n'est pas grave, qu'il faut me faire confiance, que rien n'est coupé. Je crois finalement que ce courrier n'a rien à faire dans la lettre de SOS. Je me rends compte que plus qu'un article relatant une expérience personnelle, c'est une lettre que je vous adresse. Mes compagnons, mes amis, mes amours. Je comprendrais le silence, je comprendrais toutes vos réactions, il est parfois utile de travailler sur les choix des autres et je vous sais impitoyables en ce domaine. Mais qu'importe, rien ne se perd et si je me transforme en monstre, il vous faudra être des chevaliers pour me couper la tête. Le chevalier naît grâce au dragon. Mais ce n'est pas le rôle que je veux tenir. Nous verrons bien.

Soyez juste certain de mon amour et de ma sincérité. Tout ce qui a été vécu est inaltérable, et c'est beau. Cela a pu être dur, mais c'était vraiment beau. Je vous aime et je pense à vous. Vous êtes avec moi à chaque instant, en moi, un axe. Avec amour. Moi.

Fait à Villandry, le 22 mars 2010.
La journée était radieuse et la nuit est douce.
Je vous aime.
Gaël Bouket



En ce jour de Saint-Valentin, quel choix étrange !

Par quelle extrémité s'en saisir ? Celle de la raison ? Celle de la passion ?

Faut-il chercher à définir l'amour, à s'en faire une représentation ? Adolescente, j'écrivais des pages et des pages sur le thème dans ces cahiers d'écolier affublés du nom de « journal ». Tu étais mon amour. J'étais amoureuse ! Je décryptais déjà le piège de l'innamoramento en acceptant que la flamme ne soit plus aussi intense avec une philosophie pragmatique.

Les années ont passé. Je me suis sentie abandonnée. Parfois. J'ai également voulu m'éprendre.

L'amour n'est pas seulement l'amour du couple ou conjugal… il y a également l'amour parental, filial, familial en général. Mais le propos est différent.

Et puis il y a l'Amour divin.

Comme me dit papa, à chacun de réapprendre à se pelotonner dans cet amour-là…

Chaque être humain éprouve naturellement ce besoin de se sentir aimé. Il va chercher par un moyen ou par un autre de s'attirer l'affection d'autrui. Pourquoi ? D'où est puisée cette nécessité ? Est-elle intrinsèque ? Est-elle consécutive à un acquis ?

C'est quoi l'amour ?

Comment suis-je sûre que j'aime ?

Comment se rassurer sur l'amour ? Pourquoi te mets-je (me mets-tu) cent fois à l'épreuve pour que je (tu) te (me) prouve(s) que ton (mon) sentiment est sincère ? Ai-je besoin de pleurer comme quand j'étais bébé pour que tu me prennes dans tes bras, contre ton cœur, que tu me rassures, me cajoles et me consoles ?

Je me suis heurtée à sa face irrationnelle. Puisqu'à terme il bascule généralement dans une forme plus compréhensible. Ou devient plus ronronnant !

C'est avec l'ouvrage de Francesco Alberoni que j'ai découvert des clefs essentielles pour mettre des mots et images sur ce scénario qu'à mon goût, je ne maîtrisais et ne cernais pas assez.

Avoir la compréhension, plus encore que le contrôle.

Ensuite, il est vrai que les sentiments sont devenus moins confus, plus clairs. Même lorsque je me suis sentie troublée, je n'ai plus craint de vivre ni de me laisser emporter, accompagnant ce sentiment au lieu d'hésiter, voire d'aller à contre courant avec cette difficulté à « lâcher-prise ».

Il est si vrai que ce sentiment se nourrit d'admiration et d'idéalisation. Combien de fois - qu'ils me pardonnent _ n'ai-je pas pu me forcer, faute de ces moteurs-là. Dans ces circonstances, il n'y a rien à faire, même un genou en terre et une rose à la main, si émouvants soient-ils, ne sauraient éveiller la conscience lorsque ce n'est pas l'heure, pas le lieu ou pas la bonne personne. Ou que le cœur est ailleurs !

Un jour, ou était-ce une nuit, un jeune homme m'a hélée et abordée en pleine rue, rue de Presbourg. Il se faisait tard. Je rentrai à pied d'une journée de travail. Mon mari infidèle serait peut-être à la maison. Peut-être n'y serait-il pas. Toujours était-il que je rentrais pour retrouver la « chaleur de mon foyer » lorsqu'il fit irruption dans ma vie. Il me confia avoir eu le sentiment d'une apparition, d'une attraction si violente qu'il venait de stopper son véhicule n'importe comment pour courir à la rencontre de cette ombre drapée d'un long manteau et coiffée d'un chapeau noir. Hébétée et flattée, je le dévisageais. Etait-il dérangé ou fou ? Non point. Il était jeune sans nul doute. Plus jeune que moi. J'étais emmurée dans mon chagrin. Mais le simple fait de le suivre pour boire le verre innocent qu'il me proposait me serait apparu comme une trahison à ma vie, à mon idéal du moi, à ce que je poursuivais de toutes mes forces : l'idée du bonheur dans le sacrifice et jusqu'à l'oubli de moi-même. J'avais envie de lui hurler que j'étais une femme trompée : aucun de ces mots n'est sorti de mes lèvres. J'ai bu mon indignité dans le silence. J'ai décliné toutes ses invites, la mort dans l'âme. Nous avions trois têtes blondes. J'ai lutté jusqu'à la dernière goutte de mon énergie pour cette famille. Je n'ai pas trahi, ni cette fois, ni en moult occasions. Jusqu'à ce que tu abandonnes. Après avoir reçu la gifle que tu méritais au centuple. Homme battu ! Tu parles, ma torpeur venait d'abdiquer. Ma peur aussi. Seule, mais triomphante. Je comprends aujourd'hui que cet homme-là ait pu cette nuit-là avoir envie de lier son chemin à cette femme au chapeau noir, totalement inconnue…, mais déjà si forte malgré ses doutes.

Hommage à toi, cher homme retourné à l'ombre, pour l'offrande de cet acte téméraire et gratuit.

Pour vivre l'aimer il faut dépasser la crainte de souffrir et accepter d'aimer. Qu'est-ce que je loupe si je reste cantonnée dans l'orgueil de commettre une nouvelle erreur ! Ou figée dans la peur.

Parfois j'ai éprouvé de la culpabilité de ne pas être dans la réciprocité : il est souvent flatteur d'éveiller un sentiment positif. Quelquefois c'est moi qui ai jeté l'éponge avant même de comprendre : il y avait certainement eu une part de lubie, de fantasme disproportionné, d'illusion et d'étourdissement passager.

Alors, lorsque toi tu sembles douter, je plonge la transparence de mon âme dans tes yeux égarés et je tâche de te donner la force, la joie, l'espoir et tout ce que mon amour peut te transmettre.

Libre à toi ou non d'aimer. De m'aimer.

Mon corps tressaille. Il en parle mieux que ma plume.

Il se laisse apprivoiser, caresser, libre de toute appréhension. Je suis moi-même dans tes bras, entre tes mains tendres et dans ton regard qui me submerge de son intense profondeur où je plonge comme dans un gouffre noyé de plaisir d'y baigner avec les larmes de bonheur, rêvant de toute éternité de cet amour-là, sans calcul, sans minauderie, sans faux-semblant… et parfois sans nuance tant il est absolu, total, entier, privilégié et unique.

Je ne suis pas dupe de moi-même.

Mais lorsque je te découvre aveugle, inconscient, naïf et n'ayons pas peur du mot : faible, je sur-réagis.

Où est celui qui avait promis de me protéger ?

Je ne te demandais point de me protéger des autres, mais au moins de me protéger de toi-même, de tes errances, de tes fantasmes ou tes chimères !

Non, jamais je n'ai prétendu même à une vague perfection. Au moins ai-je fini par m'accepter et m'aimer. Ainsi n'attends-je de toi que la réciproque. Ton amour humain !

Lorsque je bute sur un pervers, cela me renvoie à d'autres qui m'ont torturée dans le passé : je sors alors griffes et crocs pour protéger notre amour de nuisances tierces. En revanche lorsque c'est ton regard, hagard, qui s'égare… comment peux-tu te pétrifier de la sorte ou me conduire par ricochet à une pétrification, claquant la porte à notre mutuelle confiance ?

Oui, quelquefois, la souffrance est réveillée par des intrus qui nous jalousent.

Songes-tu de temps en temps à cette si ténue, si friable, si exceptionnelle et si fragile chance que nous avons, à nos vies entrelacées ?

Cet amour indestructible qui a traversé les ans viendrait échouer là, sous les coups de ce monstre qui s'appelle le mensonge, l'aveuglement, la dissimulation ?

Peut-être suis-je trop tranchante vis-à-vis de ceux qui ne nous méritent pas. Notre amour n'est pas égoïste, mais il doit apprendre à se préserver des dévorateurs, des monstres polymorphes et de ceux qui ombres de bien pensantes litanies ou d'usurpatrices malgré-elles omettent de se rappeler que tu es mien et que je t'appartiens depuis la nuit des temps et pour la vie, car tu es, mon unique, la sœur de mon âme.

Fais sans gloire ni triomphalisme, avec la conscience du bonheur de partager
cet amour chaque jour et celui de la responsabilité
de devoir le protéger, le veiller et le choyer en chaque instant.
Elisabeth Courbarien



L'amour, quelque chose de mystérieux, d'indéfinissable, un monde, un espace à explorer, à découvrir ou à redécouvrir.

Comment me positionner ? Suis-je capable d'aimer, en ai-je la possibilité ?

Observer les manifestations chez les autres est une opportunité à m'interroger sur mes propres manifestations et à les comprendre. Le doute m'est permis, un doute qui rempli ma vie d'une agréable sensation, car rien n'est terminé, tout est à recommencer avec plus de force et de joie au fur et à mesure que la compréhension grandie.

Nous sommes quand même reliés à une même source originelle et je refuse aujourd'hui les clichés qui font de nous des êtres différents, parce que nous sommes de culture, de civilisation, de pays variés et de sexe différent. Ces différences n'expliquent pas pourquoi, l'homme est capable des atrocités les plus horribles quelque soit le lieu et l'époque ou il vit.

Ces derniers temps, nous avons pu constater à travers une émission de téléréalité la faiblesse, la fragilité de la condition humaine qui soumise à une autorité surfaite est capable d'infliger à une pauvre victime la torture puis la mort par électrocution.

Cette expérience de laboratoire (malheureusement à l'origine des atrocités commises durant la seconde guerre mondiale) est-elle sans intérêt pour l'homme ? N'y a-t-il pas là une opportunité à nous interroger sur nous même ?

L'homme est il vraiment esclave de ses processus internes ?

Peut-on affirmer en dehors de la soumission qui le conduit à commettre des actes horribles malgré « lui », qu'il n'existe pas d'autres processus tout aussi subtils et non conscients qui le font réagir dans les circonstances normales de sa vie, au quotidien, qu'il soit bourreau ou victime ?

Si tel était le cas, l'homme ne serait il pas alors à la merci d'un mécanisme très complexe, très sophistiqué qui l'amène à se conduire comme une machine soumise essentiellement aux influences externes ?

Ne serais-je pas finalement ce que les circonstances font de moi ?

Je suis stupéfait de toutes ces opinions diverses qui s'exprime sur le sujet depuis la parution de ce documentaire, opinions qui n'abordent pas la question de fond. « Se pourrait-il que je sois moi aussi, potentiellement un bourreau, un monstre en pensée, en émotion, en action ? Dans quelles circonstances et pourquoi ? »

Serais-je cet homme, qui selon les textes anciens, exerce son libre arbitre ? Serais-je cet homme, qui représente selon la science, l'entité vivante la plus évoluée de la planète terre, portant la couronne de la création ?

C'est impossible, il ne peut s'agir du même homme. Cet homme évolué et libre doit bien pouvoir se distinguer de l'homme machine, ne serait ce que pour un instant.

Comment le reconnaître ?

Et s'il rayonnait d'une présence mystérieuse et bienveillante qui l'habite et qui dit « je suis », une présence remarquée qui fixe l'instant dans les mémoires, une présence réelle qui se substitue à l'ego et à sa croyance de posséder les qualités requises d'un homme.

Lorsque ces tortionnaires alors endormis dans la soumission ont dit stop, non je ne veux plus et si je ne veux pas, je ne le fais pas, il y avait quelqu'un que la conscience interpellait brutalement et qui plaçait l'observateur devant sa manifestation, c'est-à-dire devant l'horreur d'une situation.

À cet instant là quelqu'un s'est éveillé, à cet instant là quelqu'un a émergé, à cet instant là, quelqu'un a affirmé, à cet instant là un acte d'amour a été posé, car la conscience illuminait, alimentait la présence et rendait possible l'acte volontaire.

Je ne sais pas ce qu'est l'amour, mais je sais reconnaître celui qui n'en a pas, comme ces machines, qui par la maltraitance et la détresse animale, construisent un patrimoine qu'ils sont fiers d'afficher sous forme de tableaux financiers convertis en actions. Et cette maltraitance coupable, se propage implacablement et rapidement tel un virus à l'échelle planétaire affectant dorénavant l'homme sans que cela soit masqué. Je sais que pour ces hommes pervertis par la cupidité et le pouvoir, l'amour est mort, il est réellement mort en eux, physiquement. Comment expliquer autrement l'horreur de leur situation. Comment expliquer qu'ils puissent s'afficher avec autant de fierté et de plaisir en tant qu'homme conscient vivant dans leur intégralité.

Pour aimer, il faut vivre et pour vivre comme un homme devrait vivre, il faut être conscient. Là est la couronne, là est l'amour dont parle le Christ.

Fait à Lagny-sur-Marne, le samedi 27 mars 2010
Philippe Delagneau



La nécessité de la constitution d'une « trinité » en l'homme lui-même est absolue, parce qu'il n'est lui-même qu'un élément de la Création toute entière. Le bon sens le démontre d'ailleurs : il s'agit simplement d'une question d'épistémologie.

Il s'agit de dissocier l'observateur qui veut se connaître lui-même du champ d'expérience, sans pour autant perdre la tête. Pour connaître ce qu'il est vraiment, l'homme devra donc se placer à la fois à l'intérieur de lui-même, sinon il ne connaîtra rien de réel en lui et à l'extérieur, sinon il ne connaîtra rien de global. Ce décollement de la surface de soi-même nécessite évidemment le recours à une troisième position d'observation. Il s'agit pour l'homme de se distancier par rapport à ce qu'il fait tout en le faisant. Il faut donc que naisse en lui une troisième place où se situer.

Comment ? Ce résultat ne peut s'obtenir que par un travail très long, difficile et très précis qui, disons-le tout de suite, ne peut en aucun cas être entrepris sans l'assistance et la direction d'un autre homme qui a parcouru le même chemin.

Mais le résultat est nécessairement obtenu si l'effort est suffisamment soutenu : peu à peu s'introduit alors dans l'être humain une troisième force, neutralisante, qui agit à la fois comme spectateur et comme collaborateur de l'action humaine, mais en collaborateur qui ne serait plus dupe de l'identification.

Peu à peu, au fur et à mesure que cette troisième force pénètre en l'homme et le travaille, surgissent des constatations nouvelles :

– Je ne suis pas ce corps qui va du mouvement au repos, mais je l'habite ;

– Je ne suis pas cet organisme qui ingère ou qui élimine, mais il me sert ;

– Je ne suis pas cette émotion qui dit toujours non ou qui ne dit oui que par refus de me battre.

Et peu à peu l'homme change, grâce à la pénétration d'une force neutralisante dans les différents centres :

– Le sexe, tout en conservant sa polarité, devient capable de comprendre, de vivre en symbiose, la polarité de l'autre ;

– Le centre émotif s'équilibre :

la peur toute puissante, fait place à la prudence pour soi-même, mais aussi au respect d'autrui ;
l'orgueil se transforme en dignité, mais aussi en considération extérieure pour l'autre ;
l'agressivité cède la place à un égoïsme intelligent à mesure que grandit, simultanément, une bienveillance générale envers tout ce qui vit.

L'émotion devient enfin « humaine » grâce à l'émergence d'un équilibre réel entre ses deux pôles.

Le centre intellectuel devient capable de juger sainement sans être perpétuellement assailli par des interférences émotives. Il devient capable de dire soit « oui », soit « non », soit _ « oui et non » simultanément sans être paralysé de peur par suspension volontaire de son fonctionnement binaire.

Le fonctionnement de l'être humain se transforme peu à peu totalement, et cette situation s'accomplit sans aucune mutilation : bien au contraire, la « personnalité » elle-même s'enrichit, quoique indirectement. L'homme, sans rien abandonner de ses traits de caractère, se découvre de nouveaux goûts, de nouveaux intérêts, il se sent baigné par une curiosité et une énergie nouvelles. C'est là un fait d'expérience qu'ont constaté toutes les personnes qui ont entrepris le travail de recherche intérieure que nous décrivons.

Georges de Maleville



« Toi l'amour éros ou agapè, je ne te hais point ! »

L'amour, est-ce ce sentiment étrange qui au matin me surprend ? Celui des premiers jours, des premiers réveils à tes côtés, où nous sommes enlacés dans une étreinte qui s'apaise après l'effort. Est-ce plutôt cette impression vivante, apparue sans crier gare à l'image de cette jeune fille plutôt brune (toi), accoudée à la rambarde du métro, qui, d'un regard, a réveillé le fantasme d'une caresse ? Ou bien ne serait-ce pas cette sensibilité qui s'immisce petit à petit dans le quotidien et qui me fait rire quand tu ris et sourire quand tu t'énerves ?

Ah ma chère Anima, cette sensiblerie, je ne la laisse pas apparaître, parce que je ne veux pas me dévoiler. Non !

Comment pourrais-je m'avouer à moi-même que je t'aime ? La faiblesse d'un homme pour une femme le fait devenir dépendant d'elle pour cet instant et à cet instant seulement. Et si tu partais? Tu répondrais : pour aller où ?

Ce thème fait apparaître des images contradictoires, des moments vécus que tu aimes à me rappeler. Tu joues de ta sagesse, de ta faculté à tout mémoriser, à m'envoyer des images bien enfouies dans tes méandres. Je suis surpris par ton attirance. Je me rappelle ce jour où assis chez moi je me refusais à aller à mes propres pensées, je savais ce qu'elles contenaient. Puis je n'y tins plus. « Je suis amoureux d'elle » est arrivé comme une foudre. Je t'ai aimée quand nous avons ri ensemble pour la première fois. Pour une chose simple et futile, mais tellement vraie. Oui je t'ai aimée à ce moment, parce que nous partagions cet instant. Je me moquais de nous et tu as su, en riant, te moquer de toi. La deuxième fois où je t'ai aimé fut cet autre instant où nous avons encore ri ensemble. Décidément, tu sais rire quand tu veux ! Puis tu t'es mordue la lèvre, parce que tu ne te contenais plus, je sentais en toi monter la frustration de garder ta colère, tu avais envie de me gifler. J'ai souri ce jour, parce que tu existais comme tu es. Tu m'as suivi dans mon autodérision pour lutter contre l'orgueil, je t'ai accompagnée pendant ta traversée pour lutter contre la tristesse.

S'il existe, notre amour devra être éternel pour qu'il puisse être accepté. J'écoute le premier concerto pour piano de Chopin. J'ai appris à pleurer de beauté avec toi. J'aime tellement mon analyse et mon travail que je demande si l'amour peut les entraver ? C'est véritablement ma seule crainte ; et celle du temps aussi, mais l'amour dépasse le temps m'a dit un ange. Nous n'étions pas faits pour nous aimer dans tous les sens, nous étions faits pour nous aimer de l'agapè, de cet amour dont seul Dieu est dépositaire. Si je t'aime aussi de l'agapè c'est que Dieu doit être quelque part. Et si l'éros aujourd'hui frappe à ma porte, il doit y être pour quelque chose aussi. Tu verras je parle beaucoup de Dieu et de sa création, parce que c'est comme ça ; et tu devras te satisfaire d'une fidèle polygamie entre mon analyse, mon travail, ma lecture et toi. Ne sois pas possessive, je ne partirai pas, je ne suis qu'un homme ; nous ne sommes ensemble que pour nous aimer et nous accompagner.

Si je t'aime maintenant c'est pour ce que tu es. Te reconnaître comme différente, mais existante sera mon plus gros travail. Il y aura toi et moi ensemble. Me reconnaîtras-tu pour ce que je suis ? Je ne suis pas parfait et cela m'est égal. Je sais bien que tu n'es pas parfaite non plus, mais laisse-moi rêver encore un peu. Parfois tu ressembles à ma mère et parfois pas.

Mais je t'en prie, n'aie pas peur de te laisser aimer.

Anima… Nous nous marierons peut-être un jour qui sait, nous travaillons aussi pour ça. Comme l'a expliqué Jung, serons-nous les hôtes des noces royales ? Il faudra pour cela que tu apprennes à te détendre et te canaliser maintenant que tu connais toutes tes facettes pulsionnelles et personnellement, j'aurai à le faire pour toi si tu faiblis. Je ne devrais alors pas faiblir non plus. Nous marchons à côté sur le même chemin. Comme disait le Christ (je crois), il est plus facile d'aimer les autres que de s'aimer à soi-même. Où sommes-nous dans notre regard sur nous-mêmes ? Aimons-nous, humblement.

Bien à toi,

Ton Animus.

Fait à Boulogne le 21 mars 2010.
La notoriété ne me convient pas,
je renonce à la désirer. Je dis au revoir aux parasites.
L'affirmation de soi m'engage dans une voie aux odeurs essentielles.
Je sens ce goût d'espace et de liberté mêlé à un sentiment de responsabilité
et aussi un sentiment de lâcher-prise pour ce que je fus (tu vois je parle encore psychologie).
« Respecte-toi et aime-toi, me souffle-t-on dans l'oreille,
et ne deviens pas populaire ».
Aurélien Recher



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SOS Psychologue



Qu'est-ce que l'amour ? Comment évolue-t-il ?

Il ne me paraît pas possible de tenter une définition et d'enfermer l'amour entre un genre et une différence. Pareille tâche semble impossible. En l'examinant l'amour apparaît comme une vaste entité, peut être aussi vaste que la vie elle-même représentant la manifestation essentielle de cette vie. En ce qui me concerne l'amour est à la fois une grande force et une grande fragilité.

Il est une fonction psychique indispensable à l'évolution de l'individu : Il assure la cohésion intérieure de plus en plus étendue de l'être, harmonise le physique et le psychique, le conscient et l'inconscient. Il oriente les sentiments, il unit l'individu aux aspirations de l'espèce, à tout ce qui le dépasse, au Divin qui l'habite donnant ainsi un sens à la vie, à la mort.

S'il se développe normalement, le sentiment amoureux absorbant et possessif dans sa première phase se transforme. Malheureusement nous pouvons constater autour de nous que bon nombre d'individus n'ont pas vécu cette transformation et sont restés au niveau de cette première phase.

Vivre sans amour c'est partir à la dérive sans aucun espoir. Oui et aujourd'hui nous pouvons le voir, notre humanité va à sa perte. Seul le profit compte c'est ce qui mène le monde sans aucun remords de conscience, nous sommes bien loin de « aimez-vous les uns les autres » c'est tout le contraire et c'est bien là l'horreur de la situation.

La religion est pour l'individu le moyen de se relier au tout, à l'absolu, à Dieu et parmi toutes les voies l'amour demeure suprême.

Qui suis-je pour parler de l'amour ? Moi qui n'ai pas connu l'amour d'une mère qui n'ai vécu que solitude et survie, mais ce que je peux dire avec certitude aujourd'hui et que je ressens au fond de moi c'est qu'il est l'élément essentiel à notre construction, à notre vie.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 23 Mars 2010
Claudine Thomas