NUMÉRO 135 REVUE BIMESTRIELLE février-mars 2011

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial
  Paresse et Dépression
 
Bernard, Hervé Paresse et dépression
 
Bouket, Gaël ???
 
Courbarien, Elisabeth ???
 
Delagneau, Philippe Paresse et dépression
 
Giosa, Alejandro Pereza y depresión
 
Labhraidh, Seonaidh ???
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Nunca bajes los brazos amigo Colu
 
Recher, Aurélien Paresse et dépression
 
Ruty, Paul ???
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de août 2010
 
Thomas, Claudine Paresse et dépression


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Il n'y avait que le silence. Et le silence faisait écho au silence. Et la lourdeur dépassait toute capacité de mouvements. Et pourtant il faisait jour. Et pourtant, peut-être ailleurs, il y avait des chants d'oiseaux, la mer qui s'avançait vers la côte. Mais dans cette enclave, il n'y avait qu'une souffrance absolument fausse et maléfique. Pas de sens, pas de fruit, pas de création. Les crayons tombaient de mes mains si je voulais dessiner mon nom pour me donner une preuve d'existence. Rien. Une tristesse, une forme d'oubli. Un abandon viscéral, ancestral. Mon conscient débordé était inflationné par la puissance d'un complexe autonome de l'inconscient collectif qui me plongeait sans remède dans les ténèbres de mon ombre.

Et tout était mort, car la moindre action paraissait menacer ce désir de ne plus respirer pour mieux me plonger dans mon destin anonyme de nomade.

À l'origine, un voyage pas comme les autres. Je suis partie le 12 mai 1978 vers la France pour ne jamais revenir en Argentine. Avec un courage contre-phobique, cet avion m'a mené à l'oubli de tout ce que j'avais construit et achevé dans ma terre d'origine. Je suis partie sans bouclier en essayant de respirer très fort pour tenir le chemin.

Mais soudain, dans un endroit perdu de la France mon premier destin, je me suis vue en train de chuter dans une décadence sans limite de l'action. Les larmes coulaient. Les absences devenaient tragiques. Ma vie, puissante et réussie, était remplacée par un petit chemin qui s'ouvrait devant moi. Une petite porte en apparence sans lendemain.

Et je m'enfermais, et encore plus enfermée. Et j'ai accepté la non-action, le silence, l'abandon de moi-même. Et j'ai tourné en rond à l'intérieur de moi-même, car je n'avais même pas la force de tourner en rond comme une panthère dans sa cage. La chute était verticale. L'aboulie me gagnait. Comment ai-je pu échapper à ce suicide volontaire de l'exil ?

C'était une nuit, je sortais de l'appartement, j'oubliais les clés sur la porte. Avant de prendre l'ascenseur, j'y suis retournée, j'ai pris les clés. En ouvrant l'ascenseur, le miroir au fond me renvoyait mon image. Le regard égaré. J'ai vu la folie et un choc complémentaire divin a crié en moi.

Et je me suis confrontée au néant de mon inaction fébrile et malade. J'ai plongé très bas. J'ai rebondi. Je suis passée de l'aboulie, la paresse et l'oubli de moi-même à l'action. Et je me suis fait confiance. Cette image du miroir m'a permis de connaître en même temps l'enfer et la solution.

Je ne peux pas dire que tout a roulé facilement. Mais c'était une exploration très proche de la folie. Il m'a fallu le courage. Je ne sais pas si j'ai connu la paresse, mais j'ai frôlé la folie.

Les années passant, pas de nostalgie sur les constructions passées. Brique par brique, j'ai construit. Et je remercie l'instinct de l'éveil quand j'ai compris que nous pouvons mourir si nous sommes incapables de nous éveiller au réel d'une situation.

Et j'ai dit.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Drôle de thème dont je reconnais avoir été la provocatrice à l'origine, car cela m'interroge quand cesse la paresse pour devenir parfois une pré dépression, anticipatrice d'un vrai état dépressif.

Je reconnais la dépression comme un état dans lequel celui qui la vit est coupé du monde, des autres et naturellement de lui-même, oui de lui-même, car je fais référence à une vraie dépression dans laquelle le contact avec soi-même n'a pas de connotation narcissique, considérant le narcissisme comme une déviation perverse d'amour à soi-même.

Selon mon expérience si la dépression ne tue pas, elle peut se guérir toute seule et encore plus rapidement si à l'origine de celle-ci il y aurait eu un traumatisme dont la compréhension nous amènerait à trouver un bénéfice secondaire par le mécanisme de récupération qui est la résilience.

Parlons maintenant de paresse. Approchons le dictionnaire. J'aimerais aller directement à un dictionnaire des symboles, à un dictionnaire de mythologie, car le thème de la paresse nous le retrouvons dans toutes les mythologies, grecque, romaine, judéo-chrétienne. On va s'arrêter simplement aux signes les plus visibles de la paresse comme la propension à ne pas travailler.

Pascal dit que l'orgueil et la paresse sont les deux sources de tous les vices. À. la base, nous pouvons enregistrer une faiblesse de tempérament qui porte à ne pas agir. Vous pouvez contempler la parole d'un paresseux à soutenir une conversation, son amour du repos, paresse d'esprit, lenteur, nonchalance qui empêche l'esprit de concevoir rapidement et de s'impliquer avec force et dans une intention soutenue jusqu'à ce que le but objectif soit atteint.

Nous voyons dans la dépression certains traits qui peuvent être observés dans la paresse : la dépression du terrain, l'abaissement de la compréhension, la diminution des forces physiques ou morales.

Parfois une paresse peut être dans les limites de l'aboulie, laquelle est une absence de la volonté lors de certains préliminaires d'apparition de troubles mentaux plus ou moins graves et même de la psychasthénie qui est une affection mentale caractérisée par l'indécision profonde, le doute, l'aboulie, l'ambivalence, traduisant un affaiblissement des fonctions d'adaptation au réel bien que l'intelligence puisse être même supérieure.

Selon mon expérience, paresse et dépression se touchent sans que je puisse dire véritablement à quel moment un comportement répétitif coutumier de paresse devient assez destructif pour entamer une dépression.

C'est plus facile de voir la paresse se manifester à la limite comme dans l'hypocondrie. L'hypocondrie qui viendrait alimenter les arguments pour ne pas bouger, pour ne pas faire des efforts, c'est-à-dire, créer des contextes de justification pour rester dans un coin bien au chaud en laissant le monde tourner sans s'engager dans l'action.

Cette dérivation ne serait pas une dépression ou une pré dépression, mais la manifestation d'un égoïsme narcissique, pas facile de se débarrasser de toute la symptomatologie crépusculaire qui fait barrière pour la différenciation entre paresse et dépression.

De toute manière, et selon moi, la paresse qui n'est pas combattue devient à tel point menaçante qu'elle est un poids lourd qui jette dans la dépression comme solution compensatoire du manque de volonté, de se mettre des gifles et d'avancer dans la vie.

Personnellement je me pose la question : À quoi sert la paresse ? Je réponds : à la dépasser, mais si nous sommes capables de voir la misère qui l'engendre sans nous laisser porter par cette tendance, aujourd'hui plus étendue que jamais, au niveau social, institutionnel, politique et autre, la catastrophe est imminente à tous les niveaux, mais invisible pour celui qui n'a pas envie de la voir et la combattre

La paresse amène à ne vouloir rien changer, à ne pas se confronter à l'inconnu, c'est la preuve d'un manque d'énergie vitale. Je ressens dans ce thème la présence d'un défit qui m'amène à dire des choses profondément comprises en moi et je voudrais dire que si j'avais accepté la paresse peut-être je serais dépendante et perdue dans les ténèbres d'un non vouloir accepter la puissance de l'action comme solution à l'omniprésence de notre nature thanatique.

À vrai dire, je me prive de la paresse, parce que je ne peux pas me passer de la voir comme un état de vie qui prépare à la dépression même existentielle, car ne pas s'adapter au réel c'est nier la dynamique nécessaire pour acquérir une conscience et un sens d'adaptation sans servilisme aux circonstances ni à soi-même.

Il faudra se questionner dans la souffrance de la dépression si je choisissais de revenir à la paresse qui a précédé la dépression et a été un facteur causal de celle-ci. Aussi, en revanche je ferais du mieux possible pour me lancer à combattre mes illusions, mes hésitations, mes lourdeurs, mes peurs, mes soumissions, c'est-à-dire, tout ce qui a été la fantasmatique de ces moments non vécus de paresse où tout à été rêvé, mais rien n'a été fait. À vous de réfléchir !

En psychiatrie le thème de dépression comporte plusieurs significations : un symptôme, un syndrome, et aussi une entité nosologique. Le concept est parfois trop vague, mais tenons compte qu'avant tout on peut observer une humeur triste, une inhibition des activités mentales et physiques, aussi de la douleur morale et des vécus dépressifs. Les états dépressifs affectent des formes nombreuses et la description est très loin d'être exhaustive.

Maintenant nous parlons d'une vraie dépression. La forme la plus typique est la crise de mélancolie, mais la variété des états dépressifs est très grande. Les plus fréquentes dans ma pratique sont les dépressions réactionnelles et névrotiques.

Fait à Paris le 6 Mars 2011
Il fait très froid encore,
mais il y a des fleurs qui s'ouvrent,
la nature n'a pas l'air d'être paresseuse,
pas cette année cyclothimique: froid, chaud, pluie, soleil
et je t'aime.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Paresse, mère de dépression ou dépression, mère de paresse. Ou bien paresse et dépression, histoire d'une complicité.

Le thème mérite d'être posé, car notre société, peut-être pas toutes les sociétés occidentales, mais particulièrement la société française, est témoin d'une profonde et large dépression sociale, qui touche depuis quelque temps les différentes strates de notre vie, dans les sphères familiale, professionnelle, économique, sociale, politique comme un phénomène général, global, qui s'enchevêtre plus ou moins avec nos histoires individuelles.

Et la dépression traîne son lot de troubles associés, la négligence, le manque de responsabilité dans le travail, dans la vie civile, vis-à-vis de soi-même, par rapport aux autres, les proches ou les simples concitoyens, la baisse de l'espoir, une certaine perte d'énergie, une diminution de la volonté de former des projets, c'est-à-dire cette faculté de libérer des énergies canalisées vers un but commun, de se projeter dans l'avenir.

Ou bien tous ces troubles ne seraient que les symptômes de cette dépression sociale dont il faudrait trouver l'origine à travers une analyse, suffisamment profonde, dans la structure de la société, dans l'histoire de notre pays. Une sorte d'analyse psychanalytique et sociologique.

Sans doute plus intéressant, même si les analyses se rejoignent, de comprendre également les interactions entre la paresse et la dépression, notamment comme absorbeurs de cette énergie vitale qui freine le corps et l'esprit dans son élan de vie, dans sa capacité à élaborer des projets.

Quelle est la part de l'inné et de l'acquis dans la paresse et dans la dépression ? Quelles places prennent la paresse et la dépression dans le permanent et le temporaire ?

Une personne qui a toujours été paresseuse ou dépressive toute sa vie, sera bien sûr moins facilement accessible à une vie « normale », faite de travail, de responsabilité, de devoirs, de projets, de capacité à gérer avec suffisamment d'harmonie les hauts et les bas, au moins les petits accidents de la vie.

Chez celui qui tombe en dépression ou devient paresseux, le souvenir du temps où tout se passait normalement, bien sûr si ce temps a existé, et une certaine intime convection que tout dans l'univers est potentiellement réversible, jusqu'à preuve du contraire, quitter la paresse ou remonter la pente de la dépression peut être fantasmé, pensé, élaboré, faire l'objet d'un acte de volonté et donner naissance à un projet de reconstruction qui l'amènera vers un terrain psychologiquement plus solide, car porteur d'une expérience enrichie.

A contrario existe-il des êtres ayant toujours été dépressifs ou paresseux, depuis leur enfance ? Sans doute peut-on citer quelques cas particuliers, mais qui sont loin de représenter la majorité des parcours de vie. Untel peut porter comme un fardeau, engrammé au plus profond de son être psychique et physique, de la dépression de sa mère, de son père ou d'un autre ascendant, sans même être bien conscient de cette filiation, malgré elle, lourde à porter, qui peut amener à une réaction de rejet, de déni, ou à toutes les autres formes de réaction, précédant naturellement une éventuelle remise en question de soi-même, une recherche d'autonomisation : que suis-je venu faire sur cette terre ? Qu'est-ce que j'ai envie de réaliser durant ma vie ici-bas ? Malgré cet héritage qui semble venir de nulle part et que l'on nomme facilement « fatalité ». La question est certes difficile, elle est surtout individuelle, d'autant plus que malheureusement l'entourage est souvent ailleurs, ne voit rien de ce qui se trame, dans le drame d'une vie.

La plupart d'entre nous a sans doute connu des périodes de dépression, tout au moins des moments de déprime, ou même a été proche d'une personne ayant fait de telles expériences. Combien il est difficile de remonter la pente, de rassembler ses forces pour progressivement reprendre le cours d'une vie normale, qui permet de redonner une place au sens, sans lequel aucune dynamique n'est possible, ni pérenne. Car le bénéfice secondaire de la déprime, c'est de ne plus avoir de responsabilité, de ne faire que ce qui vous plaît, sans avoir à rendre compte à qui que ce soit ; c'est la liberté, peut-être une liberté dans une prison dorée, car il y a toujours cette souffrance d'être comme coupé de ses forces physiques et morales, comme séparé de soi-même.

C'est là que rôde l'installation de la paresse, dans cette transition délicate et souvent inconsciente entre un état sans force et des remontées par à-coups de l'énergie vitale, à l'occasion par exemple d'une bonne nouvelle, d'une sensation imperceptible, mais bien réelle que quelque chose revient au fond de soi-même. Que vais-je faire de cette nouvelle énergie ? Continuer comme avant, la mettre au service d'un projet qui avait été depuis longtemps enterré, d'oser investir dans un rêve si ancien que l'on ne sait même plus s'il s'agit d'une chimère ou projet que l'on espère réaliser un jour. Là, la prise de conscience est essentielle pour réagir autrement, accompagner cette intelligence intérieure et inconsciente, qui nous guide vers le bon chemin, suivre cet instinct, qui nous dit d'y aller.

Mais il arrive aussi face à ce moment de choix, qu'il ne faut pas bien sûr laisser passer, d'être face à un dilemme, un cas de conscience. C'est alors à chacun de réagir, d'agir avec ce qu'il a appris, pour le meilleur, quels que soient les aléas qui égrèneront nécessairement ce nouveau périple individuel.

Hervé Bernard



???
ici
Fait à Villandry, le 3 mai 2008,
alors que j'assiste à ma 27ème rentrée des classes,
avec encore l'espoir que la répétition puisse un jour
nous permettre de comprendre où nous sommes
et de nous construire un futur qui ne ressemble pas à notre passé,
mais communie avec lui dans la joie du travail accompli.
Gaël Bouket



???
ici
Elisabeth Courbarien



Paresse et dépression, paresse à quoi ?

Je suis convaincu qu'il y a une paresse qui mène à la dépression. Il me semble que cette affirmation provient de ma propre expérience, sans certitude.

Quand la vie n'a apparemment aucun sens si ce ne sont que les buts les plus élémentaires de notre vie, pour survivre, parce que nous sommes nés par hasard dans un monde réputé hostile, parce que nous ne comprenons pas les préoccupations de pouvoir et d'argent, parce que par ailleurs nous n'avons pas de réponse à nos questions existentielles, parce que il n'y a pas encore de vraie volonté et assurance pour dire « Non, la vie ne peut être que ça », alors quoi faire ?

Il me semble avoir fait l'expérience de la paresse et de la dépression, je suis convaincu qu'elles sont encore bien présentes, à l'affût prêtes à me surprendre et à mordre à nouveau. La différence aujourd'hui, c'est que je peux les identifier, les voir, agir en demandant de l'aide. Et pour ceux qui en ont fait l'expérience, « appelez et il vous sera donné »

Ce n'est pas pour les orgueilleux ni pour les profiteurs aux poches bien garnies. Nous ne savons pas ce qui nous sera donné, ni quand, ni comment. Mais si l'appel est sincère et désintéressé, il nous sera donné. Le prix à payer est celui de l'humilité, de la sincérité, de l'effort, du sur-effort. Pour le reste, donnons à César ce qu'il demande. Il ne s'agit que d'un César, rien de plus.

C'est donc en ce qui me concerne l'action permanente vers un but conscient existentiel qui me protège incontestablement d'un état dépressif plus ou moins profond.

La paresse et son compagnon l'ignorance sont les fléaux de l'humanité. La paresse de ne pas vouloir se relier à une vie qui pose la question de la place de l'homme et de sa relation à l'univers, la paresse qui conduit l'homme à la recherche de ses intérêts immédiats, la paresse qui propose à l'homme la rançon de l'ignorance quand elle ne le conduit pas à la dépression faute d'objet de substitution.

Il me semble que toutes les hypothèses et études par ailleurs très sérieuses concernant la dépression devraient à un moment ou à un autre poser la question du sens que l'on donne à sa vie, ou la question de l'abandon de soi-même au sens de la vie.

Comment éviter consciemment cette question. La vie n'aurait-elle alors objectivement, concrètement, aucun sens. Qu'est ce qui fait que je ne cherche plus, la conscience ou l'absence de conscience ? Me serais-je endormi, où mène ce sommeil ?

Fait à Lagny-sur-Marne, le 3 Avril 2011
Philippe Delagneau



ici
Georges de Maleville



Le mois de février a été un mois difficile. Pas envie d'avancer, envie de regarder des films, d'aller voir des expos, de dîner chez des amis… tout ce qui pouvait me faire plaisir. La notion de travail était mise de côté. Qu'une seule envie : prendre plaisir !

Prendre plaisir oui ! Mais en ne faisant pas trop d'effort. Je voulais goûter au repos, goûter au plaisir de l'insouciance et de l'inaction. Tout était fait pour ne pas déranger la jouissance de la paresse, ce sentiment de repos perpétuel, sentiment où tout avance et où on se laisse bercer par le flot continu d'un bateau dont on n'agrippe aucune rame.

Plaisir, jouissance de la tranquillité de l'irresponsabilité. Aucune action engagée, aucune organisation de week-end, chaque geste étant fait sans penser à ses conséquences. Chaque geste étant orienté vers un plaisir narcissique solitaire, celui de l'oubli de sa propre vie.

La Paresse, plaisir loué et opposé à celui du travail. Le goût de l'effort : je ne connais pas ! Celui de la réflexion, non plus ! Encore moins connu est celui de la manifestation de ce que l'on est. La paresse opprime plus qu'elle ne libère. C'est un diable caché en démon. Elle se déguise en tout.

Je reconnais un certain malaise à la définir ; comme si une fois découverte, elle ne s'autorisait plus à exister. Je me demande bien de qui entre elle et moi ne désire pas qu'elle soit vue ? Pour me donner bonne conscience, je dirai que c'est elle qui empêche toute élaboration consciente afin de donner du sens à ce sentiment lourd. C'est elle qui m'empêche de comprendre la cause et le but de son apparition. Je suis victime de son existence.

Pourtant, nous sommes deux entités dans cette histoire. Me vient maintenant la question à savoir si je suis complice ? Complice de la laisser vivre ? Elle m'apporte tellement de satisfaction que c'est délicat à approcher. Je perdrai sûrement une compensation narcissique si le secret de son existence parvenait à ma conscience.

Lourde est la paresse, et rusé est le complice.

Il me faut à présent la voir de plus près, je dois la gonfler pour la contempler. Où vais-je trouver le courage nécessaire pour accepter une telle situation ? Gonfler la paresse revient à l'accentuer ! Je ne vais jamais supporter. L'effort est nécessaire. D'autres m'accompagnent, ceux qui y sont passés avant moi. Ils m'aident par leur présence rassurante. Je m'engage, la vois et la dépasse.

C'est fait, abandonnée est la paresse. Cela fait plus d'un an que je travaillais dessus. J'ai été au bout de l'inaction, vu le plaisir octroyé et écœuré par tant de plaisir. J'en ai été dégoûté. Je suis sorti de la mère, je suis parti dans le monde, j'ai vu les bourgeons des arbres et l'homme rire et pleurer. J'ai vu le démon et l'agneau qui se donnaient la main, j'ai vu l'autre qui m'appelait.

L'enfant-roi a grandi, il a compris le sens de sa paresse. Où sont les cloches pour appeler les domestiques ? Elles sont passées. Où est le réveil pour me rappeler mon âme ? Il est en toi et l'autre, nécessaire dans la dialectique, survole aussi la paresse, parce que nous avons travaillé ensemble.

Je ne suis plus seul avec mon plaisir. Je suis avec l'autre agissant, sujet et responsable de l'instant qui ne vit qu'à travers nous. Nous construisons des châteaux et Dieu fait des palais. Nous chantons des cantates et Dieu fredonne l'hymne de l'amour. Je planifie un acte pour manifester l'inconnu et je sème des graines dans les âmes desséchées. Je suis sûr qu'elles pousseront, car nous irons boire ensemble à la source de la vie. Le fils tiendra promesse.

La paresse n'est plus inconnue, mais elle appelle encore l'homme à redevenir enfant, à regoûter à la toute puissance. Je résiste, vois et surpasse mes limitations pour le salut de mon âme.

Fait à Boulogne Billancourt, le 23 mars 2011.
La paresse est vue, c'est déjà ça.
Le fils tiendra promesse, j'ai confiance,
nous continuerons ce qui a été commencé,
même si l'oubli éteint quelques lumières…
Aurélien Recher



???
ici
Paul Ruty



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SOS Psychologue



Je vais aborder ce thème à travers ma propre expérience.

En effet, il y a à peu près dix ans je me suis retrouvée dans un état de dépression où ma vie se dérobait sous mes pieds, où je me sentais tirée vers le bas, prostrée sur le lit sans pouvoir réagir, je ne sentais plus cette petite flamme en moi, c'était la panique, la séparation d'avec la réalité.

Sans que je m'en rende compte, mes muscles m'avaient enchaînée, ligotée. Ils étaient durs comme du bois et bien sûr ma gorge serrée, ma respiration limitée. Tout mon corps se rétrécissait ainsi que mon espace.

La perception de mon corps me faisait défaut. Il n'était que souffrance, agitation, panique, hystérie, il me faisait peur. En réalité je n'ai jamais connu le calme.

C'était la maladie de ma vie, ma croix où la mort était omniprésente. Aujourd'hui, je peux dire avec certitude que cette mort lente a démarré dès ma naissance et peut être même avant. Pour moi le point de départ était le manque d'amour de ma mère à mon égard, il n'y avait rien, qu'indifférence et critiques, absolument rien de constructif. Je me souviens un jour j'ai dit à propos de ma mère : « J'ai tout fait pour qu'elle m'aime » et quelqu'un m'a fait remarquer que j'étouffais pour qu'elle m'aime. À l'époque je ne me rendais pas compte qu'elle ne pouvait pas m'aimer, je ne l'acceptais pas, je me sentais coupable, c'est dur, c'est être seule, laissée pour compte et tomber dans un gouffre.

En fait, je me suis identifiée à quelqu'un qui n'est pas aimable, que personne ne peut aimer.

Cette peur intense de la vie et en même temps ce combat pour la survie, l'insécurité, me faire la plus petite possible, me rendre invisible, le rejet, l'abandon étaient mes compagnons de route.

J'avais ces moments d'ombre où je m'accroupissais dans un coin ou bien je m'asseyais sur une chaise, dans le noir, sans bouger.

À la mort de mon père lorsque j'avais dix ans et demi, j'ai vécu encore plus intensément l'abandon. Pour moi il ne pouvait rien m'arriver de pire, mais je peux dire que je n'ai jamais eu d'idées suicidaires, au contraire, il y avait au plus profond de moi cette envie de vivre qui a fait, lorsque j'étais en dépression, que je voulais sortir de cet état à n'importe quel prix.

Quant à la paresse, je pense pouvoir dire qu'il s'agit de l'hypocondrie, il me semble que cela vient de mon hystérie, toutes mes souffrances passaient par mon corps et je pensais tout le temps être malade, je ne peux même pas dire que c'était pour attirer l'attention de ma famille sur moi, car je ne leur en parlais pas sauf quand je ne pouvais pas faire autrement. Cela me permettait de rester dans la peur, l'insécurité, d'aller chez les médecins en pleurant et en disant je vais mourir !

À ce moment il aurait été souhaitable que je me donne des gifles pour me réveiller, pour me dire arrête, ne reste pas dans l'illusion, avance, au lieu de ça je l'alimentais. De plus, cette situation ne peut que mener à l'égoïsme, car nous devenons le centre, nous ne sommes que tournés vers nous-mêmes à nous regarder le nombril.

Ce que je peux dire c'est qu'il faut se bousculer, être dans l'action c'est le meilleur atout pour en sortir, pour que les choses changent.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 16 Mars 2011
Malgré la révolte et la violence ce monde,
le soleil brille,
les arbres sont en fleurs.
Il nous reste l'espoir.
Claudine Thomas