NUMÉRO 132 REVUE BIMESTRIELLE août-septembre 2010

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'ingratitude (I) Requiem: ser positivo
  Requiem numéro 2
  L'ingratitude (II)
 
Bernard, Hervé L'ingratitude
 
Bouket, Gaël Quelques choses et l'ingratitude
 
Delagneau, Philippe L'ingratitude
 
Giosa, Alejandro Ingratitud
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Mi vida Ingrata
 
Recher, Aurélien L'ingratitude
 
Recher, Aurélien Journées associatives du XVIe
 
Thomas, Claudine L'ingratitude


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Il y a vingt ans, un soir de plus où il pleuvait, j'ai reçu en partant de mon cabinet, un ex-patient que j'avais cessé de voir cinq ans auparavant ; il avait résolu ses problèmes de carrière professionnelle. Il avait travaillé pour une grande usine, puis était devenu indépendant. Il avait ses locaux à trente kilomètres de Paris. La vie lui souriait, il avait trois enfants et une jolie femme, très silencieuse. Je l'avais toujours connu comme étant un battant. Le temps de notre travail ensemble, il était passé d'un trois pièces à un quatre pièces, puis à un cinq pièces et avait même acheté, au rez-de-chaussée de l'immeuble, un studio de 30 m2 qui aura un rôle à jouer dans cette histoire d'ingratitude que j'évoque.

Ce studio représente, à mon avis, le symbole matérialisé de l'ingratitude, conduite pas à pas, avec la finesse de la manipulation la plus perverse. Je garde encore tous les dossiers de cette histoire. Ils sont émouvants.

Lorsqu'il est revenu, cette nuit de pluie, son image n'avait pas changé. Il était le même que celui qui était parti cinq ans auparavant : blond, mince, les yeux bleus, des lunettes sans monture qu'il portait en permanence. Il pleuvait et au fond de moi, j'étais contente de le revoir. Avait-il besoin d'une mise à jour, d'un bilan ? Il m'a dit : « vous êtes croyante, on va prier ensemble ». J'ai dit « d'accord ». Face à face dans le silence, ses larmes coulaient. Je ne savais pas d'où venaient ses larmes, mais je me suis lancée dans l'aventure : accueillir les souffrances de ses veines ouvertes. L'après midi, il avait reçu une lettre d'un cabinet d'avocat, sa femme lui demandait le divorce, la séparation des corps et l'immédiate séparation des biens.

Quand le problème avec sa femme a-t-il commencé ? Le problème a toujours été là. Mais il m'avait consulté afin de constituer un bon niveau de vie pour sa famille.

Je crois que sa femme exerçait un métier lié au comportemental, mais grâce à la bonne situation acquise par son mari, elle avait arrêté de travailler. Les enfants grandissant, elle avait de moins en moins envie de s'occuper de son foyer. J'aurais dû soupçonner, quand il est venu pour la première fois, la présence d'un conflit dans ce couple et le manque de territoire pour un père dans cette famille. Il avait rapidement mentionné à plusieurs reprises que, dans son premier appartement, son bureau était installé à l'intérieur d'un placard ; il ouvrait la porte, amenait une chaise et avait à l'intérieur du placard tout ce qui lui fallait pour travailler, archives, dossiers…

Quinze jours après, alors il partait, j'ai ressenti sa fièvre en lui serrant la main. Son angoisse était infinie. Je lui ai demandé d'aller voir immédiatement le médecin en face de chez moi, il toussait beaucoup. Deux semaines plus tard, il était opéré d'un cancer des poumons ; ils lui ont enlevé le poumon gauche. Avant de partir et la décision de cette opération étant déjà prise, il m'a donné toutes les lettres que, jours et nuits, il avait écrites fiévreusement et envoyées à sa femme, pour demander une réconciliation qui n'a pas été acceptée.

C'est à la maison de rééducation près de Paris que je suis allée le voir. Je m'en souviens encore. C'était l'automne, le gazon était encore vert, mais il y avait dans l'air une présomption de mort ; les feuilles jaunes, emportées par la brise, mettaient la chair de poule. Il était dans une chaise longue, ses yeux bleus verdoyant par le reflet des feuilles.

Naturellement il n'y a pas eu de réconciliation. Il a tout cédé et avec cette générosité qui touchait presque l'orgueil ; il a accepté de vivre dans le studio du rez-de-chaussée. Ses enfants grandissaient et ne venaient presque plus le voir. Sa femme, pour sa part, réaménageait le grand appartement ; les quelques bricoles qui lui bouchaient le passage, descendaient dans l'enfer du studio de mon patient, réduit à l'alternative de faire le deuil ou de mourir. Oui, de mourir d'amour. Parce qu'on peut mourir d'amour.

Il a repris son travail, pas de temps pour reprendre une tranche d'analyse. Cela ne nous empêchait pas d'échanger quelques paroles au téléphone. Pendant son absence, son associé que je connaissais très bien, avait tellement bien pris la conduction de l'entreprise, qu'à son retour, pour retrouver le pouvoir qu'il méritait, mon patient avait dû signer des contrats fabuleux. Il travaillait le jour, la nuit il écrivait, il écrivait, il écrivait, il écrivait… Il écrivait à sa femme, disons à son ex-femme qui ne lui a jamais répondu.

C'était la fin de l'été suivant. Mon patient faisait des malaises, il tombait de plus en plus souvent sur son bureau. Il avait une tumeur du cerveau. Il a été immédiatement hospitalisé pour des examens, avant d'être transféré dans un autre hôpital près de chez moi où je suis allée le voir chaque dimanche.

Je me souviens d'un après-midi où il faisait déjà très froid. C'était le jour des scouts. Il y avait une messe à l'église de la vierge de Fatima, dans les hauts de St Cloud. Il était très croyant et moi aussi ; je lui ai dit « mets ta veste, tu as une tumeur dans le cerveau, pas dans les pieds ».Et nous sommes partis, dans la pente, écouter cette messe, tous les deux ensemble. Ensuite, il est entré en service de soins palliatifs.

En revenant en arrière : ce jour d'automne où je lui ai rendu visite, alors qu'il récupérait de son opération au poumon, je me souviens lui avoir dit : « tu as rendu un poumon sur l'hôtel de ta femme. Ne laisse pas ton corps ! Laisse-le se défendre ! ». Il y a des choses que nous ne comprenons pas dans notre vie, mais lui, avait cessé de se battre, dans la misère effroyable de ce petit studio, débordant des ruines des souvenirs du passé. Je me souviens qu'avec une petite voix, il m'a répondu « c'est trop tard ». Oui, en réalité, c'était trop tard pour nous deux.

Il portait sans aucun doute le mythe du Christ, le sacrifié. Sur sa table de chevet, dans cette charmante maison de soins palliatifs, il y avait tous les livres possibles : philosophie, métaphysique, religion, mais le plus important, « l'Imitation du Christ » de St Ignace de Loyola.

Nous n'étions pas beaucoup à aller lui rendre visite. Mon mari, Georges, était à ses côtés lorsqu'il a rendu son âme. Avant son départ, il m'a envoyé une mise à jour de sa souffrance. Comment a-t-il pu aimer autant ?

Voici ici l'histoire d'ingratitude qui me touche le plus profondément. Je n'ai pas pu l'oublier. Je vois toujours sa silhouette : toujours un peu transparent, ses cheveux courts, ses yeux bleus et ses lunettes. Je me souviens de son dernier rêve : il était habillé en blanc et marchait dans une file avec d'autres catéchumènes vers l'autel.

Je voudrais rester sur cette image. De toute manière, la vie continue. Elle ne s'est pas arrêtée ce 27 juillet 1992. Je voudrais rester sur cette image, car je sais que la miséricorde de Dieu va plus bas que nos misères.

Mais je me demande si dans cette histoire d'ingratitude, il n'y aura pas des gens de cette famille, qui vivent sans pouvoir se passer du remords. Peut-être aurait-il pu être moins abandonné s'il n'avait rien eu sur lui, qu'une chemise à la place d'une fortune.

Voici certains paragraphes des lettres dont il n'a jamais reçu la réponse.

« Lui à sa femme : je suis seul, je ne sais pas si j'obéis à un conditionnement réflexe, à mon habitude de t'aimer généré dans le passé donc inadapté à la situation présente. Ce n'est pas en me refusant et en me repoussant que tu résoudras tes problèmes dont la moitié sont fabriqués de toute pièce par des réflexes automatiques inconscients. Ce qui m'atteint aujourd'hui c'est la souffrance réelle. Cette souffrance réelle est autant en toi qu'en moi, mais c'est la mienne qui te gêne, car c'est peut-être le miroir de la tienne. Je ne crois pas que tu sois méchante. Je ne crois pas que tu le seras jamais. Tu souffres, moi aussi, c'est tout. Pourquoi liberté et indépendance ? C'est en toi que tu le trouveras, pas dans les circonstances extérieures élaborées par un avocat, aussi dévoué soit-il. Si encore il y avait un autre homme dans ta vie, si encore il y avait un grand projet et que je t'ai bloqué pour le faire. Si… Mais tous les si imaginables n'existent pas. Je t'ai demandé et c'est normal, des temps de communication réels entre nous, des libérations de spontanéité. Enfin j'étais jeune. Nous n'avons même pas ce dialogue naturel qui est soumis aux lois de la nature. L'inconscient enregistre tout et pilote les réactions en fonction de la dominante affective résultant des émotions non contrôlées. »

Eh bien, c'est drôle le chemin du calvaire. C'est un printemps de plus et le 27 juillet je me souviendrai de lui. Le cas est un modèle d'ingratitude, mais offre aussi des complicités, pour porter sur lui la croix des projections négatives des autres. Je suis bien triste, c'était mon ami.

Quelque part, ses enfants ont dix ans de plus. Quelque part, doit traîner une paire de lunette du père, un stylo, une cravate, une montre. C'est terrifiant que l'ingratitude puisse enlever la valeur symbolique à l'objet de celui qui a été le bouc émissaire.

Fait à Paris, le 1er avril 2006.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Il était parti un jour d'hiver, en paix, simplement comme partent ces gens si peu nombreux qui ont su donner, dans leur vie, dans leur entourage, leur place à chacun, par le fruit direct de l'expérience d'un travail sur soi-même. Le souffle est parti, le souffle est parti très loin vers les étoiles et le soleil. Le bien avait été fait, mais le mal avait pris, lentement mais sûrement, la place, derrière le bien qu'il avait fait.

Il ne savait pas comment pardonner l'impardonnable du non sens qui est au cœur de l'ingratitude. Dans la vie, il avait su tout pardonner, en ayant été trahi depuis l'instant même où sa vie avait commencé, une mère qui le jalousait, un père qui l'aimait, faible, narcissique. Il s'était battu pour survivre, il avait été prématurément abandonné. Il ne pouvait que chercher, dans les méandres de la vie, l'essence où la trahison ne serait plus possible.

Il a été accompagné par ses élèves à qui il avait essayé de donner tout ce qu'il savait pour leur permettre de sortir de l'état de non-être. Une maladie l'avait attrapé quelques années auparavant ; il était pressé de donner, après quarante cinq ans de recherches tenaces et conscientes. Il a laissé une perle, en quelques pages magnifiques, fruit de ses souffrances volontaires et de son travail conscient.

À peine dans son tombeau, en contemplant la vie autrement, libéré de l'urgence physique qui l'avait conduit à tout donner dans les quelques dernières années de sa vie, il a vu sans aucun doute la dernière et la plus flagrante trahison. Derrière son dos, son enseignement aurait pu être détruit par un truand sans conscience qui essayait de commercialiser son âme, son enseignement, sa mémoire et son livre. Il n'avait pas fait confiance à cet homme-là, mais l'avait accepté comme étant l'unique canal de communication vers le coté vile de ce monde matériel qu'il n'a jamais ressenti comme le sien.

Je me souviens de Georges, un après midi d'octobre, au Barclays. Nous étions sortis d'une soirée au Jockey club et nous avons commencé à parler de qui nous étions, assis à table, en regardant la rue. Je ne voyais devant moi que l'écorce d'un arbre, je ne l'oublierai jamais. Il m'a dit : « J'aime la vie qui habite mon corps, mais j'aurais dû naître ailleurs, dans un monde plus conscient, simplement pour pouvoir reconnaître les différentes nuances dans la trahison et dans l'ingratitude. »

J'ai aussi parlé des trahisons à mon encontre, mais c'est l'ingratitude qui a été prioritaire dans le développement de ma vie avant Georges. L'ingratitude nous serrait l'un à l'autre jusqu'à la fusion absolue. Son regard était plein de paroles et le mien de réponses et en face de nous, comme point de référence, l'écorce de cet arbre, lisse, grisonnante, sans aucune passion humaine.

Les heures se sont écoulées en dehors du temps, nous avons essayé de puiser consciemment l'essence du non-sens de l'ingratitude, dans ce puits profond et infini qu'est l'affreuse et magnifique condition humaine, capable de détruire dans son germe, l'Être. À ce moment-là, nous avons ressenti tous les deux qu'il fallait se battre et encore se battre et encore se battre, mais ne jamais se résigner.

Lui et moi, nous étions conscients que la guerre serait longue et dure. Il était lui et j'étais moi et nous étions nous et nous allions, sans nous affaiblir, vers le but de nous acquérir une conscience assez éclairée pour compenser le poids insoutenable de l'ingratitude. Ensemble nous étions plus que deux.

Aujourd'hui, trois mois après ton départ, nous contemplons avec tes élèves la dernière trahison et la dernière ingratitude. Je comprends pourquoi tu as voulu faire de notre couple un noyau protégé où l'amour est prioritaire et la gratitude essentielle. Il n'y avait pas ton nom sur le caveau de famille, tu nous as rendu témoins de la dernière ingratitude, mais tu n'avais pas besoin de te soucier, tu le vois, nous sommes là, à te défendre, le coeur ouvert de passion sincère : nous l'avons écrit à la main, simplement.

Georges est parti. L'ingratitude a l'air de lui survivre. Mais non ! Et je crie très fort, comme Jeanne de Salzman dans un livre écrit au Canada : « Amour, ayez pitié ».

Fait à Domme, le 16 avril 2006,
Avec gratitude et tu nous illumines.
Bénis soit l'Éternel.
Ton épouse et tes élèves.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Introduction

Le train s'ébranle, tout bouge, je n'arrive pas à écrire comme d'habitude, mais j'ai la plume magique de mon filleul dont la gratitude est remarquable. Donc je dépasserai l'obstacle et ma pensée sera déposée sur la feuille blanche.

Que dire de l'ingratitude ? J'essaierai de ne pas me laisser déborder par la théorie, mais pourrais-je ne pas toucher l'ingratitude comme trait habituel de la perversion ? Je ne crois pas que puisse exister l'ingratitude à un niveau conscient. Dans ce cas-là, combien de souffrances et de regrets pourrait l'ingratitude infliger au protagoniste. Au final, il essaiera de rentrer dans le contexte de justification pour s'apaiser, mais le temps passant, la morsure de la faute deviendra habituelle et encombrante, et finalement, selon la loi naturelle, il aura l'effet de retour et il sera victime de l'ingratitude à son tour. L'injustice engendre une forme de justice compensatoire qui nous dépasse… Au moins, nous pouvons constater son étonnante manifestation !

De toute manière, il n'existe pas de vent favorable à celui qui ne sait pas où il va.

Je ne voulais pas être ingrate avec mon ami qui, dans le temps, m'a donné beaucoup de lui, de son temps, de son accompagnement intelligent, il avait l'air d'être inébranlable, mais un jour il est parti sans même tourner la tête. Il y a eu peut-être un vent défavorable… Que cherchait-il qu'il n'a pu trouver à mes côtés ? Nous étions en principe dans la même voie de recherche. Je suis restée, il est parti. Etait-il dans la voie sans pitié de l'ingratitude ? À lui de se questionner sans se justifier. Il aurait pu rester, continuer à chercher ensemble autrement. De toutes manières nous avons rempli des pages et des pages de réflexions ensemble. Mon erreur a-t-elle été de faire confiance au-delà de mes pressentiments ? Je crois que j'ai été utile pour lui un certain temps… Que cherchait-il ? En tout cas, sait-il où il va ?

Ce cas me tient à cœur, et je le remercie encore pour m'avoir donné l'opportunité du plaisir de faire confiance. Je ne me suis pas trompée, car, quand il était là, il était là, mais je savais que derrière chaque acte ou parole de sa part, il y avait un vouloir inexprimé. Il programmait très bien, mais j'étais inatteignable, car moi aussi j'avais mon vouloir et je savais clairement où je voulais aller.

Je souhaiterai de lui qu'il reste devant la question : qu'est-ce que pour lui l'ingratitude ?

Avec nos enfants, tous âges compris, nous sommes naturellement moins tolérants, car il s'agit de notre responsabilité dans l'étayage offert dans ses éducations… S'ils ont été gâtés, ils deviendront de petits monstres à ne pas fréquenter… Une fois adulte, c'est leur affaire de voir la réalité de façon objective. Dans ma profession, j'essaie de faire travailler la fameuse histoire des enfances mal vécues… Derrière les raccontages, il y a de la richesse à rattraper du vivant des parents.

Les histoires de différences générationnelles n'arrivent pas à m'émouvoir, car je ne crois pas qu'elles soient si importantes. En revanche, ce qui est vrai et constatable est qu'il n'y a que deux formes de réalité possibles : les vivants et les morts.

Quand nous traitons les problèmes générationnels, les parents et les enfants (tous âges compris) sont vivants. Donc ils peuvent s'aimer, se protéger, se détester, se juger, s'ignorer, s'accuser réciproquement d'être la cause même des tremblements de terre ou de la destruction… Au final, tous vivants, nous pouvons nous construire ou nous détruire…

La mort arrive à tout le monde sans différence d'âge, de conditions ou de situations sociales. Toute action charnelle devient impossible et le mort est soit déconsidéré, oublié, mal jugé, soit il devient mythe et magnifique. Les morts ne sont jamais considérés objectivement, car il n'y a plus de « conscience possible » dans le sens de Hegel.

Arrêtons de chercher le sens de l'ingratitude, il nous faudra explorer encore et encore, et encore et encore et nous sommes vivants et le train bouge et j'arrive à écrire.

Fait dans le train entre Paris et quelque part dans un espace de sérénité,
la lumière sur le papier et l'impression d'être entourée par la gratitude.
Difficile de différencier ingratitude et trahison.
Le 24 septembre 2010 et il pleut.
Je découvre le destin de mon chemin, rester devant la question :
quand l'ingratitude devient trahison ? À réfléchir…

Continuation

Comme je disais hier, explorer encore et encore. Je suis en face de la mer, il fait froid, drôle de septembre, le mois des anniversaires autour de moi. Je pense à mon père… Les vagues sont énormes, mais la mer au loin est calme, et moi-même je le suis. Mon père m'a aimée, j'ai la gratitude. Et il m'a appris à ne pas trahir.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La vie est-elle ingrate ?

Nombreux seraient tentés de répondre par l'affirmative, tant la vie nous met souvent à l'épreuve, les périodes de calme semblant annoncer des moments de perturbation, au point que nous pouvons avoir l'impression d'être au bord du crash. Nous aimerions tant profiter de moments de bonheur ininterrompus, après tant d'efforts et de travail pour gagner sa vie, pour « réserver » sa place au soleil.

Et pourquoi pas pour assurer son salut pour l'éternité ?

Rien n'est jamais acquis pour toujours, il est toujours nécessaire remettre son ouvrage sur le métier.

Et n'aurait-on pas une part de responsabilité dans les mésaventures et désagréments qui nous arrivent ? Bien entendu, toutes les philosophies et religions nous incitent à devenir autonomes, d'assumer une part de responsabilité dans les événements dont nous sommes les témoins, soit actifs quand nous en sommes les auteurs, soit passifs, quand nous ne les avons ni provoqués, ni souhaités.

Nous devons accepter tout ce qui nous arrive, que ce soit un bien ou un mal. Mais un mal ne peut-il pas être vu comme un bien, comme quelque chose que nous n'avons pas compris, que nous n'avons pas vu, que nous ne voulons pas voir.

Certes, mais que penser de la perte d'un être cher, d'un licenciement professionnel non annoncé, d'un accident sans aucun tort de notre part. Est-ce le hasard, c'est-à-dire le jeu de forces sur lequel nous n'avons aucune maîtrise ? Ne pourrait-on pas penser, à l'instar du dicton « la foi soulève des montagnes » que nous avions un lien avec tous les événements que nous croisons. Si je suis présent à cette place-là, à ce moment-là, c'est que quelque part je l'ai voulu, même si cela résulte de contraintes, d'engagements, qui nous ont imposé d'être là, présent, presque malgré moi. Comme si mon inconscient, cette part d'ombre en moi, m'avait conduit sur un chemin comme déjà écrit d'avance.

Tout se passerait donc comme s'il s'agissait d'un questionnement sur ce que me veut la vie qui me mène à ce point où je suis aujourd'hui, dans cet ici et maintenant, en plein dans la réalité, dans la vraie vie, pour reprendre une expression devenu populaire.

Pourtant, pas facile d'admettre, voire simplement d'envisager que je suis arrivé à cette situation pour une raison qui dépasse mon entendement habituel, le flux des événements que je pensais maîtriser, dont je croyais être l'acteur unique, conscient et parfaitement autonome. Il est plus aisé pour expliquer l'ingratitude de la vie, d'invoquer la faute d'autrui, le hasard des événements, la malchance, le contexte économique difficile, la crise (qui, bien sûr, est mondiale), la fatigue du moment, permettant ainsi de justifier notre baisse de régime, notre échec passager, notre déprime aigüe.

Ne serait-ce pas plutôt de l'ingratitude envers la vie que de ne pas envisager, reconnaître et décrypter les messages qu'elle nous envoie pour mieux la comprendre, pour mieux se comprendre soi-même, pour mieux appréhender les pensées et actions nécessaires pour notre épanouissement, pour notre réalisation personnelle, pour accomplir notre tâche sur cette terre.

Si nous ressentons de l'ingratitude de la part de la vie, posons-nous simplement la question en quoi nous pouvons être ingrats envers elle. Bien sûr la vie de chacun d'entre nous est rarement un long fleuve tranquille. L'être humain reçoit son lot de difficultés, d'accidents, de souffrance autant pendant son parcours qu'au quotidien. C'est le destin de la vie que d'être, par essence, éphémérité, non linéarité afin de mieux nous faire rebondir, parfois nous secouer pour mieux nous définir dans notre identité, celle qui définit notre projet de vie, celle qui doit guider notre éthique et notre ligne d'action générale, jusque dans ses moindres détails.

Le terme « ingratitude » peut être rapproché en français du verbe « gratter », comme si l'ingratitude trouvait sa forme d'expression dans une sorte de « titillement » physique et psychologique, jusqu'à ce que nous réagissions dans le bon sens.

Hervé Bernard



Souvent je peste. J'oublie ce que l'on m'a donné. Je ne sais plus pourquoi on doit être heureux, pourquoi il faut respecter les autres. Par habitude, par éducation, je limite les agressions, les insultes envers les autres et moi-même. Mais seulement par habitude. Heureusement, j'ai de bonnes habitudes, ou peut-être aussi par peur des représailles ou pour que l'on me considère, pour flatter mon ego (peut-être que si j'aide les autres c'est que je vaux mieux qu'eux), peut-être même uniquement par répétition. Rien en moi n'est sincère et je sens la barrière si mince pour changer d'attitude. C'est qu'il n'y a pas de barrière. Les motivations sont les mêmes et le résultat pas si éloigné.

Pourtant, on peut réellement faire du bien, respecter l'existence, ingrat envers ce qui m'est donné d'être là. Quand on le sent, qu'on s'en rappelle, c'est tellement incroyable, rien n'existe de plus extraordinaire. Et pourtant je l'oublie à chaque instant. C'est la seule chose qui devrait me préoccuper, de rendre hommage à tout ce qui m'est donné de voir, d'apprendre. Vivre.

Cette ingratitude me colle à la peau, je ne peux m'en dégager. Elle m'étouffe. Elle m'arrache à une vie simple et pleine. Elle est mon ennemi numéro un. Comment la vaincre ? Je fais des efforts, j'essaie de la débusquer, de revenir à un état plus juste. Il y a quelque chose que je n'ai pas compris. Mais quoi ? Certains le savent, mais c'est à chacun de trouver. Personne ne peut rien pour moi. Et pourtant si, je vois bien que certains le peuvent, mais jusqu'à un certain point, d'une certaine façon. Mais je suis face, en tête à tête, à quelque chose qui me dépasse. C'est très subtil, aucun raisonnement ne me fournit la réponse. Il y a quelque chose dont je ne comprends même pas la nature et quelles armes en moi pour le combattre.

Je sens bien qu'il y a une ouverture, que quelque chose me réchauffe, me rassure, me montre le chemin, me tire de l'ingratitude. Comme une prière. D'où viennent-elles ? Qui prie ? Dans quel but ? Que veut-il de moi ? Comment puis-je y arriver ? Cette prière me dit de me battre, que c'est possible. Il y a quelque chose à faire. Il faut que j'écoute ces prières attentivement. On m'aide, cette fois je ne dois pas leur tourner le dos. Mais combien de temps vais-je y arriver avant que l'ingratitude ne me reprenne ?

Mais qu'importe, je dois me battre. Quelque chose d'inaccessible m'appelle et la vie continue.

Gaël Bouket



Je préfère introduire le sujet en évoquant la gratitude. Il me semble qu'à partir de cette position, l'évocation est plus claire selon moi.

Selon ma compréhension aujourd'hui, je ne peux dissocier la gratitude de la connaissance ou de la reconnaissance qui dépend pour chacun d'entre nous de notre propre cheminement individuel dans la vie.

Je ne suis pas né avec la gratitude et je n'ai pas vécu ce sentiment, autant que je m'en souvienne durant mes plus jeunes années et même tard dans ma vie. J'étais plutôt dans l'opposition et la résistance farouche instinctive et émotionnelle.

Après quelques années d'un travail bien dirigé, cette opposition a laissé la place au sentiment et à la sensation d'être relié à quelque chose qui me dépasse, qui transcende mon humanité. Depuis, cette sensation résonne en moi en une vibration qui alimente mon Être de la gratitude.

Je suis né dans un monde d'amour et de violence et il me semble que j'ai surtout connu la violence.

La violence du jugement. Il m'a bien fallu considérer « l'autre » comme un ennemi et me protéger. La violence d'une éducation qui soumet le plus grand nombre au mépris des individualités, une éducation qui impose et qui n'explique rien à l'homme, à l'Être homme. Ce n'est pas de la violence que la gratitude peut émerger.

Il nous faut trouver un autre chemin, un chemin qui nous replace au centre de notre vie, au centre d'un autre monde qui n'annule en rien le précédent, mais qui l'alimente. Pour aller retrouver ce qui a été enfoui, il s'agit d'un parcours initiatique vers la reconnaissance de notre essence qui ne demande qu'à s'exprimer à travers notre individualité dans un monde créé pour elle.

On pourrait penser qu'il s'agit là d'une démarche égoïste et je suis d'accord.

Je ressens en moi la force brute d'un égoïsme existentiel, une force qui peu à peu intensifie la demande à mon vouloir.

Mais bizarrement, je ne me sens plus seul. Je me sens relié à un monde visible et invisible, un monde ou je retrouve une famille et avec eux une humanité.

Je ne suis plus seul, car je sais reconnaître ce qui m'a été donné. Là est ma gratitude qu'accompagne ma certitude inébranlable selon mon expérience, qu'elle est dépendante de notre degré de conscience.

Ce n'est pas une propriété de l'Être accessible à tout le monde et nous n'y pouvons rien. Nous ne devons pas craindre l'ingratitude de l'autre. Pour cet être, ce n'est peut être pas encore le moment ou tout simplement, ça ne l'intéresse pas.

Certains se sentent rassasier d'un rien, d'autres des avides boulimiques enflent leur ego, d'autres encore ont juste besoin de partager le résultat de leur recherche en une quête infinie de la vérité pour eux-mêmes et pour transmettre aux générations.

Et puisqu'il s'agit bien de la manifestation d'un niveau de conscience et donc d'un état d'être, j'ai le droit de vouloir alimenter et de m'alimenter à une source que je reconnais. Il n'y a là rien d'un jugement, d'une attitude nombriliste ou d'un rejet, mais d'un vouloir qui fait nécessité, d'une acceptation à une résignation logique peut être froide mais juste.

Écrit à Lagny Sur Marne, le 03 octobre 2010
Philippe Delagneau



Nous avons parlé du « sommeil » qui terrasse l'homme, « sommeil » de la conscience. Comment s'en libérer si on en a l'intention ?

La réponse postule la reconnaissance d'un besoin, et aussi la constatation d'une certaine ignorance sur l'état intérieur de l'homme. Celui qui nous aura suivi jusqu'à ce stade de nos explications et en aura admis, expérimentalement, le bien fondé, sera sans doute prêt à poursuivre son investigation de sa propre personne, parce qu'il en aura senti le besoin et la possibilité.

Un nouveau champ d'expérience peut alors s'ouvrir à lui.

Nous avons parlé précédemment de « l'identification » et nous avons dit que l'homme s'identifie à tout, et notamment à ses propres actes. Nous avons décrit ce mécanisme très puissant et funeste puisqu'il est générateur du « sommeil » de la conscience.

Pourquoi cela se produit-il ?

Pour une raison simple : parce que l'homme ne sait pas (ou oublie constamment, ce qui revient au même), qu'il est composé d'éléments distincts.

L'homme se croit, bien à tort, unifié, parce qu'il a une autonomie physique. Il dit donc toujours « je » alors que ce « je » ne concerne que l'action des parties de lui-même, qu'il ne sait pas reconnaître.

Un homme dira par exemple : « j'ai mal au ventre, je suis inquiet, je ne comprends pas ce qui m'arrive ».

Voilà trois « je » successifs. Or ils émanent de trois éléments distincts de la personne (appelons les « centres ») _ à partir d'une même situation. Le sujet n'a pas d'autre terme que le « je » pour s'exprimer, et trompé par le langage, il croit laisser parler la totalité de sa personne, alors que ce sont certaines parties de lui-même qui, dans l'exemple choisi, s'expriment l'une après l'autre.

Certaines langues, il est vrai, facilitent la distinction entre le sujet et ses parties : en allemand par exemple : « Mein Magen schmerzt » c'est mon ventre qui souffre et non pas ma personne.

Mais alors quels sont les éléments de moi-même ?

On croit trouver immédiatement une réponse dans la fameuse distinction cartésienne entre l'âme et le corps. L'homme serait un « animal raisonnable » (et ici Descartes reprend Aristote), c'est-à-dire une machine animale, mécanique et stupide, sur laquelle serait greffée, par un don de la Providence, la « raison » discursive, noble et lucide, susceptible de progresser indéfiniment par un effort volontaire : « Cogito ergo sum ».

Mais d'une part les animaux ne sont pas des machines. Il s'en faut de beaucoup et les très importants travaux accomplis par les éthologues depuis un siècle ont démontré qu'ils étaient doués de sensibilité, de mémoire, de communication et d'une certaine faculté d'adaptation à des situations nouvelles.

Et en outre les travaux de logique poursuivis depuis 150 ans ont établi de façon certaine que la « Raison », si prisée aux siècles antérieurs fonctionne sur un système exclusivement binaire, « oui/non », « pour/contre », ne peut créer que des systèmes formels, et que la fameuse division de l'être humain entre corps et esprit (identifié à la raison), n'était qu'une nouvelle application, la plus funeste de la logique binaire elle-même. Pour s'en convaincre, il suffit de constater les efforts accomplis à partir de cette prémisse, et avec trop de succès, par le matérialisme athée depuis deux siècles pour nous persuader que la « pensée » n'est qu'une « superstructure » du corps humain et que l'homme n'est en définitive, qu'un singe qui a réussi et a été doté d'une pensée, d'ailleurs adventice, par l'effet de je ne sais quel caprice de l'évolution.

De tels dogmes contredisent toute expérience intérieure. C'est donc dans une autre direction qu'il faudra se tourner. La philosophie antique nous apporte à ce sujet un élément de réponse :

Platon, dans le Timée (35 a) nous dit que Dieu a créé l'homme à partir de trois éléments : une substance matérielle divisible (le corps), une substance immatérielle et indivisible (l'âme, mais nous l'appellerions aujourd'hui l'Esprit) et un élément mystérieux, qui participe à la fois de l'un et de l'autre et qui assure leur cohésion.

Cette tripartition fondamentale de l'être humain a été admise durant toute l'Antiquité, du moins par les disciples de Platon. Elle est présente chez St Paul (Ier Thess, V, 23) et chez Clément d'Alexandrie et Origène (Soma, Nous, Pneuma), puis elle fut abandonnée par les Pères de l'Église, et oubliée depuis.

Elle est intéressante, parce qu'elle considère l'homme comme bâti sur un ternaire. Ceci est à retenir et nous aurons l'occasion d'y revenir. Mais la tripartition platonicienne est insuffisante. Donnons en quelques exemples :

La psychiatrie moderne tout à fait valable dans le domaine limité qui est le sien a découvert ce qu'elle appelle la « somatisation », le dérèglement du fonctionnement du corps sous une influence psychique. Fort bien, mais la somatisation de quoi ? des « pensées », ou bien plutôt des émotions ? Et si les émotions ont une influence directe sur le corps, cela ne signifie-t-il pas qu'elles ont un centre autonome, fonctionnant indépendamment et hors du contrôle de la raison discursive ? Bien sûr que oui, cela est un fait d'expérience pour chacun.

D'autre part, il est d'évidence que tout homme placé dans un certain environnement favorable se sent baigné d'énergie : un beau spectacle, par exemple, donne de la force. Et c'est pour cela que les foules vacancières se rassemblent en troupeaux au bord de la mer ou au pied des glaciers. Que vont-elles y chercher ?

La réponse « naturiste » inspirée de J.-J. Rousseau et du romantisme allemand est tout à fait insuffisante. D'où provient cette énergie qui nous baigne à ces moments-là et, surtout, comment, pratiquement, techniquement, nous imprègne-t-elle ? En quelle partie de nous-mêmes vient-elle se loger, autrement que dans les poumons sous forme d'oxygène ? N'existerait-il pas certains centres en nous spécialement destinés à la recevoir et même à l'emmagasiner éventuellement ? Les réponses données à ces questions par les écologistes ou les naturopathes sont presque toujours superficielles.

Or il s'agit du fonctionnement de l'être humain tout entier. Cela mérite qu'on y réfléchisse.

Georges de Maleville



Je propose que nous regardions l'Histoire avec l'exemple de la France pour reconnaître ses pères et ses origines.

Influences historiques
Les hommes préhistoriques de l'âge de la pierre (polie, taillée), puis ceux de l'âge des métaux (fer, bronze) étaient encore emprunts de vibration divine et vivaient avec elle. En témoignent les peintures de Lascaux qui, selon Pierre Gaxotte, représenteraient une forme de vénération animale et de rituels magiques propres à leur clan. (Histoire des français, 1951, Flammarion, Paris). Les grecs ensuite, qui ont apporté la grandeur d'une culture. Les romains également, qui ont intégrés les peuples gaulois, qui vivaient alors de querelles tribales, à une puissante civilisation, administrativement organisée. Enfin, l'influence de l'intime religieux. La conversion de l'empereur romain Constantin au IVème siècle et celle de Clovis deux siècles plus tard ancrèrent le christianisme dans un territoire laissant pénétrer le spirituel dans la matière. La France en tant que sujet sociologique a une histoire qui la compose et nous voyons, comme le disait de Gaulle, trois influences se dessiner : la culture grecque, la civilisation romaine et la religion chrétienne. La France unit en elle ces 3 influences et influence à son tour ses habitants.

Influences sociales
Le peuple de France partage cette Histoire et plus encore. En effet, Ralph Linton dans son livre Le fondement culturel de la personnalité (1999, Dunod, Paris) précise qu'un enfant, qui naît dans un peuple précis, acquiert des schémas comportementaux, hérités de sa culture et transmis pas ses parents, qui seront les mêmes dans une situation identique. Autrement dit un peuple réagit de la même manière face à un événement. La base de la personnalité de tous ses concitoyens leur est commune. C'est la même pour tous. C'est ainsi que Lacan peut dire que la France est un pays dépressif.

Les français sont non seulement liés par leur Histoire, mais aussi par leur comportement et, par extension, leur attitude.

Tout est dans l'inconscient collectif
Jung (Métamorphose de l'âme et ses symboles, 1953, Livre de Poche) a montré que l'homme dans ses rêves a accès à une connaissance dont il n'a jamais eu idée. Il parle d'un patient (Ma vie, 1973, Gallimard, Paris) quand il était à New York, qui voyait un phallus lorsqu'il regardait le soleil. Mais c'est seulement deux ans plus tard qu'un parchemin fut découvert et montrait un phallus à la place du soleil. C'est ainsi que naquit en lui le concept d'inconscient collectif. L'héritage historique, artistique, familial et religieux est porteur d'une charge énergétique. Le Tao asiatique l'explique. Chaque acte transforme de l'énergie, c'est comme une vibration qui évolue. Même si le résultat de l'acte se meurt physiquement avec le temps, il vit toujours dans l'inconscient sous forme de vibrations. Le chemin des dames, par exemple, rayonne toujours des drames qui s'y sont déroulés presque un siècle auparavant. Si la matière est inscrite dans le temps, l'inconscient lui, est intemporel. Il garde trace du passé, du présent et du futur (c'est ainsi que certains rêves sont qualifiés de prémonitoires). Le symbole est ici important, car il est le langage entre le temporel et l'intemporel, et c'est grâce à lui que peut se transformer l'énergie primordiale. L'inconscient collectif est un réservoir énergétique qui dispose de nos histoires et de nos cultures. Nous sommes façonnés, qu'on le veuille ou non, par ses poussées qui jaillissent de temps à autre. C'est une matière archaïque dans laquelle tout est inscrit. Elle se manifeste sous forme collective comme l'inconscient personnel se manifeste dans chaque individu.

Reconnaissance
L'intérêt de parler de l'inconscient collectif c'est que notre Histoire et notre culture s'y retrouvent, ils y plantent leurs racines. Nier l'influence majeure de l'inconscient collectif, serait une erreur tragique, car c'est sous la domination de celui-ci, manifesté grâce aux archétypes qui attendent d'être manifestés, que se produisent les grands changements sociologiques et les manifestations artistiques. Je ne suis pas un individu seul sur une terre en perdition. Non ! Je suis un élément qui cherche sa différenciation d'avec ses pairs, mais qui fait parti du groupe. La mémoire de mes pères et de mes fils s'y trouvent également. Leur travail et leur production sont vivantes dans cet inconscient. L'ingrat est celui qui ne reconnaît rien même pas lui-même. Les autres lui servent à nourrir son plaisir narcissique. Il ne s'inscrit dans aucune filiation, ne vit dans aucune histoire et ne ressent aucune vibration parce que son désir de jouissance le perturbe jusqu'à l'obsession. Je crois que je ne pourrais pas vivre l'ingratitude, je ressentirais du remords bien avant. J'hérite d'une responsabilité collective à partir de ma responsabilité individuelle. Si je suis responsable pour moi-même, je serais responsable pour les autres. Et je pourrais ainsi être reconnaissant du savoir et de la connaissance dont je suis dépositaire. L'homme seul n'existe pas, il s'inscrit dans une filiation. Ne pas la reconnaître est péché d'orgueil.

Fait à Boulogne le 22 septembre 2010, en mémoire de mes Pères.
« Le hasard est la forme que prend le Père pour passer inaperçu ».
Oui l'inconscient collectif existe.
Il est appelé « inconscient », parce qu'il est endormi.
À l'homme de le réveiller !
Et nous reconnaîtrons qui nous sommes, où nous sommes et où nous allons.
Aurélien Recher



La dernière édition des journées associatives du 16e a eu lieu le samedi 2 octobre 2010 dans les salons de la mairie du 16e : SOS Psychologue était présente. La présidente, Graciela Pioton-Cimetti de Maleville, ainsi que 3 de ses collaborateurs, Hervé Bernard, Aurélien Recher et Philippe Delagneau, se sont relayés sur le stand pour accueillir les visiteurs.

Première constatation : la psychologie semble encore un sujet tabou. Les visiteurs passaient souvent, voire très souvent, devant notre stand sans s'arrêter, parfois après une hésitation. Cependant, nous devions malgré tout faire la démarche de les approcher pour que la discussion s'engage, et nous rendre compte que leur questionnement, au sujet de l'association, était bien réel. Il y a une vraie demande, mais entachée du tabou sur la psychologie.

Ces mêmes visiteurs reconnaissaient la valeur de la psychologie et de notre travail au sein de l'association, que nous leur exposions. Certains ont même parlé de leur propre questionnement et prévoyaient de reprendre contact avec l'association.

Par ailleurs, nous avons pu établir de nombreux contacts avec différentes associations où nous avons constaté que la psychologie est très demandée. Par exemple, l'association L'entraide de Saint Pierre de Chaillot nous propose d'accompagner des SDF, Corot Entraide, qui soutient des jeunes en situation précaire, a pris nos coordonnées pour un entretien ultérieur, et d'autres encore comme le Secours Catholique, France Alzheimer, La Ligue Contre le Cancer qui propose un accompagnement pré et post opératoire, le CLIS (association pour la culture de la mairie du 16e), etc. Deux représentants de l'association GEM, à la suite de cette journée, se sont déplacés à notre siège social et nous avons pu échanger sur nos activités respectives.

Nous avons pris connaissance de la Maison des Associations à laquelle nous allons nous inscrire. Cela permettra non seulement de tisser des liens entre associations, mais également de disposer de salles de réunions et de conférences, de bureaux et d'une salle informatique, mis à disposition gracieusement.

Cette journée a été la journée des relations : connaître et nous faire connaître. Comme l'a souligné la représentante de l'UNAFAM, beaucoup d'associations font un travail remarquable, mais ne travaillent pas assez ensemble. Et comme l'union fait la force, SOS gagnerait à créer des partenariats, à travailler sur des projets communs et alors, apporter encore un peu plus, sa pierre à l'édifice tout en gardant ses piliers fondateurs : démocratiser la psychologie et répondre à des demandes ponctuelles d'aide psychologique.

Aurélien Recher



L'ingratitude la plus flagrante est celle de la vie elle-même. En créant l'univers, Dieu a permis à l'homme d'être là présent dans ce monde, de jouir de tous ses bienfaits, il a laissé le libre arbitre à chacun de s'éveiller ou pas. Mais l'homme est ainsi fait qu'il pense que tout lui est dû et de ce fait il ne se sent redevable en aucune manière. Il suffit d'observer, d'écouter pour se rendre compte que l'homme ne respecte rien. Il prend, ne s'interroge pas, n'a aucun remords de conscience, il est la plupart du temps dans son avidité et son égoïsme.

Pourtant il y a tant de questions à se poser : Pourquoi sommes-nous sur terre ? Quelles expériences avons-nous de notre vie intérieure, de nos relations au monde et aux autres ou du sens de notre vie ? Dans quels états de conscience vivons-nous ? L'homme avance comme un automate et rien ne l'interpelle.

Qu'en est-il aujourd'hui de ce monde superficiel, avide, paresseux et assoiffé de pouvoir ? Que pourra-t-il bien transmettre aux générations futures ? Nous assistons à une véritable dégénérescence humaine.

Où puis-je me situer moi-même ? Je ne sais pas, tout dépend de mon niveau d'être, de mon état de conscience, j'ai la sensation d'un voile qui m'empêche de savoir. Ce que je sais c'est que ces sept années de travail m'ont permis d'évoluer, de distinguer des choses que je ne pouvais voir auparavant, d'éprouver des remords de conscience, d'être plus reconnaissante de ce qu'il m'est donné. Chaque jour est un cadeau de la vie. Lorsque nous sommes conscients, la reconnaissance est quelque chose de naturel, de pur, c'est une joie, un plaisir. Toutefois, lorsque je me retrouve dans mon processus mécanique de non-satisfaction, que je ne suis jamais contente, là je sens mon ingratitude.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 24 Septembre 2010
Claudine Thomas