NUMÉRO 103 REVUE MENSUELLE novembre 2005

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Le temps Tentación de poeta
 
Bernard, Hervé Le temps
 
Bouket, Gaël Sur le temps et la connaissance
 
Ercole, Jeanine Le temps
 
Giosa, Alejandro El tiempo
 
Laborde, Juan Carlos El tiempo
 
Manrique, Carla Tiempo de amor
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juin 2005
 
Viaris, Agnès de Le temps


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La conception que l'homme a de sa destinée, l'idée pauvre et misérable ou profondément belle qu'il se fait de la vie, détermine le caractère de ses autres sentiments, de ses actes et la valeur de son existence. Elle fait de lui un être prêt à l'effort, à l'action, ou capable d'apporter beaucoup de ferveur dans de longues méditations, ou bien, un pleutre ou un désenchanté qui traîne comme un boulet une suite de jours inféconds.

***

Quelques personnes sont convaincues de ce fait que la somme des joies et des peines est à peu de chose près la même pour tous les êtres humains.

Que pouvons-nous penser de la vie ? Elle n'est que d'un instant. Sa durée, infime si elle est comparée à l'éternité, nous paraît plus brève encore, parce qu'elle nous échappe.

Tout à la joie que nous donnent les beautés de la nature ou l'affection, tout entier au plaisir de satisfaire ses tendances, de réaliser ses désirs ou ses aspirations, l'homme oublie que bientôt, brusquement peut-être, toutes choses prendront fin pour lui.

Les événements le rappellent à la réalité. Il maudit sa destinée, tandis qu'il semble vouloir en conjurer la rigueur en plaçant au-dessus de tout son inextinguible désir de vivre, d'aimer, d'être aimé, de contempler encore les aspects harmonieux ou sauvages, grandioses ou très simples de la nature, d'entendre un chant d'oiseau. Pour combler ses vœux infinis, il voudrait prolonger sans limite des jours qui s'envolent, rapides, sans que rien puisse arrêter ou même ralentir leur angoissante fuite.

***

Quelques-uns, plus austères, se sont donné un but : l'accomplissement d'un devoir, la réalisation d'un idéal. Impuissants à l'atteindre, parce qu'ils sont trahis par l'écoulement implacable du temps, ils déplorent la brièveté de la vie. Les philosophes et tous les penseurs rappellent avec émotion que « la vie n'est qu'une ombre », par la dureté, par la place infime que nous occupons dans le temps et dans l'espace.

S'il est fait abstraction de quelques êtres privilégiés doués d'une manière exceptionnelle, une existence humaine s'écoule sans laisser de traces durables après elle, sans avoir été connue au delà du cercle restreint de la famille, de quelques amis.

Et non seulement l'homme ne fait pas œuvre utile pour les autres, non seulement ce qu'il a tenté d'établir, de créer ou d'instaurer disparaît rapidement, mais encore il ne réalise en lui qu'une bien faible, une bien insuffisance perfection. Ses sentiments, très souvent, ne sont que superficiels et changeants, sa raison pauvre, sa volonté chancelante.

Ainsi les hommes se plaignent de la brièveté de la vie, soit qu'ils en regrettent les joies, soit qu'ils aspirent à une vie aux limites imprécises et lointaines afin de satisfaire des vœux immenses ou d'atteindre un idéal de suprême perfection.

***

Alfred de Vigny pense que « notre plus grand ennemi, c'est le temps ». Il dit même que dans le cours de son existence, il a acquis cette opinion : « la seule chose essentielle pour les hommes, c'est de tuer le temps ».

Il est vrai que la vie apporte des chagrins, et, presque inévitablement, des malheurs. Souvent, elle n'est qu'une lutte contre les autres, contre leur égoïsme, leur malignité ou leur perfidie. Les déceptions et les deuils atteignent fatalement ceux qui n'ont pas le sort déplorable ou privilégié de mourir jeunes.

Mais considérer le temps comme le plus grand ennemi, c'est ne pas aimer la vie, parce qu'elle n'aurait aucun intérêt véritable en raison d'un concours de circonstances défavorables ; c'est le cas des déclassés et de bien des misérables. Peut-être par sa propre faute, parce que, par mollesse ou insouciance, il n'a pas été possible de trouver sa voie et de se donner une activité louable ou simplement utile.

Il serait facile de dire : Je suis déçu, parce que j'attendais trop de la vie.

Toute cette amertume de la déception est due, le plus souvent, à l'absence de courage, à une obstination vaine, à une révolte qui ne fait qu'augmenter une douleur.

***

Si la vie n'est qu'une ombre, nous pouvons donner à cette ombre un peu de réalité en nous vouant au culte du bien ; et cela non pas avec l'idée que seul demeure le bien que l'homme aura fait dans l'art, la science, le vie morale. Un tel rôle, d'ailleurs, n'est pas le partage de tous. Mais se vouer au bien en étant juste, sincère, charitable, pur, courageux, capable de sacrifices, c'est exister davantage.

La vie prend une plénitude et une richesse exaltantes qui la font aimer. Un devoir aura été accompli, peut-être sera-ce un exemple digne d'être suivi.

Ce qui est essentiel, ce n'est pas de tuer le temps, mais c'est de détruire le scepticisme sous toutes ses formes, et de croire fermement que la vie et la douleur ont un sens, ne serait-ce que celui de nous permettre de nous élever spirituellement.

***

18 novembre

Le temps a une existence réelle. Les saisons se succèdent.

C'est l'anniversaire aujourd'hui de mon premier amour, qui est parti sans trop déranger, par la force d'une maladie qui fut plus forte que son envie de rester. Oui, aujourd'hui, je retrouve ce rêve de mes 17 ans, dans lequel il mourait en voulant m'emporter avec lui vers la mort. J'ai parlé de ce rêve il y a un temps dans un autre numéro de SOS, mais beaucoup de siècles se sont écoulés depuis lors. Comme je disais alors, nous étions heureux et nous avons eu des enfants. Aujourd'hui, je pense plus que jamais à notre incroyable jeunesse ensemble. Le temps des projets, de création, de la reproduction. J'ai même envie de pleurer en contemplant les temps différents, surprise d'être vivante et en dehors du temps. Le temps des saisons, des évolutions de la lune et du soleil, de neige et de la chaleur, est vrai. J'avais 14 ans, et déjà la génération de mes grands-parents commença à partir. Cette séparation à 4 ans de mon grand-père maternel a marqué l'existence du temps comme une réalité qui dépassait les aiguilles d'une montre. C'est-à-dire que le temps avait un début et une fin ; et entre ce début et cette fin, il fallait se dépêcher de vivre pour profiter de la présence de l'être bien aimé, de son contact sublime. Je parle de pleurer, mais les pleurs sont en moi beaucoup trop profonds. Ils lavent des espaces de mon âme qui ont besoin d'être arrosés pour accepter des temps nouveaux, où il y aura des autres bien-aimés.

Dans mes paroles d'aujourd'hui ne pensez pas trouver la tristesse et la mélancolie. Laissez moi constater ce que j'ai pu observer en contemplant le temps.

Voyons le temps de ma naissance. Les orangers fleuris. C'était le 18 décembre, mois d'un luxuriant été argentin, le temps d'ouvrir les yeux vers cette famille, cette génération de grands-parents, un monde d'adultes. J'aimais mes grands-mères, le temps des caresses, la chaleur du corps de ma grand-mère maternelle. Je me vois et je me sens enveloppée dans son châle, j'écoute dans ce temps de l'éternité vivante que sont les souvenirs, le bruit de la maison de famille, mes parents tous jeunes, la sale d'hiver, l'orangerie, la salle rouge de musique où la grand-mère jouait du violon, mes oncles jouaient du piano et de la guitare sans jamais n'avoir appris aucune note de musique, la tante chantait.

Puis, le temps de l'adolescence, quand j'ai connu mon amour. Nous nous sommes réunis pour cette éternité qui existe encore.

C'était un 18 novembre aussi, il y a quelques années quand notre fille Graciela habitait rue Notre-Dame-des-Champs, qu'elle a reçu l'un de ses livres de sciences politiques qu'elle avait publié avec son équipe de recherche.

Le mois de novembre est pour moi sanglant, mais sublime, marque le passage, toujours en transit.

Je n'arrive pas à comprendre quand l'adolescente est devenue femme. Sept ans de mystère, sans souvenirs possibles qui ne soient des réflexions. La vie passait devant nous et le passage du temps n'était marquée que par les arbres de Noël et la naissance des enfants. L'université s'est continuée. Le temps des études a toujours été pour moi un temps parallèle. Il s'agissait de commencer, continuer, aboutir, et aller toujours plus loin. Sept ans de silence étrange entre 18 et 25 ans. J'ai perdu trois de mes amis. Nous étions tous adolescents. J'avais une amie médecin avec laquelle j'ai fait mes études et qui est décédée à 23 ans. Mon compagnon d'enfance à 18 ans. Et une autre fille à 19 ans qui avait tout pour réussir dans la vie. C'est peut être ça qui a marqué dans ces temps de jeunesse fascinants, mes réflexions profondes et désespérées, parce que c'était trop tôt. Dans notre groupe, on ne pensait pas à la mort, on pouvait changer de pays, s'expatrier, mais mourir n'était pas possible : c'était contre nature et nous étions dans la création de la nature. Je me souviens d'un après midi d'été à Cordoba, 15 heures, le bruit des voitures qui partaient sur les plages, nous deux à l'intérieur de la maison dans la fraîcheur, dans l'ombre, avec le reflet du soleil par la baie vitrée ouverte sur les feuilles de vigne. Nous étions assis tous les deux. Toi, tu devais réfléchir à ton prochain travail tu devais réfléchir à tes projets de vie, je m'en souviens. Il était 15 heures, je me suis dis « je suis née, j'ai grandi et je me suis reproduite, maintenant je vais mourir ». À présent, je comprends cet unique souvenir pointé dans ce silence de sept ans : vouloir échapper aux événements peut être tragiques de la vie. Mais laissons cela.

Je ne sais pas quand l'adolescente est devenue femme. Je sais quand la femme est devenue adulte. C'était le 15 juillet à l'hôpital naval de Puerto Belgrano. Il pleuvait des cordes, je sortais du service de psychiatrie, 1er étage, grande fenêtre ouverte sur une masse d'arbres luxuriants et brillants sous la pluie. Ce jour-là, j'avais accepté un compromis et c'était la première fois que je contredisais mon être intérieur. Je n'étais pas fière de moi. Objectivement, ce n'était rien, pour moi, c'était subjectivement traumatique. J'ai traversé le jardin, le parapluie fermé, la pluie tombant sur ma tête et mes épaules. Sans pitié, j'ai marché contre la pluie. Un immense camion de la marine a failli me renverser. J'étais devenue adulte sans que personne le sache. C'était une expérience solitaire qui allait me marquer pour les 18 années suivantes. C'était la dernière fois que je dormais comme tout le monde, le temps de l'innocence s'était achevé. Ce n'est pas important de savoir qui avait raison. Dans la vie, les événements objectivement importants, sont ceux qui nous marquent à feu comme du bétail. Par ailleurs, la génération des grands parents, c'était fini. Ils n'ont pas connu mes enfants. C'est alors que régnait la génération de mes parents, des oncles, des tantes.

La plage. C'est à partir de cette mer sublime que je récupère la mémoire, après ces sept années dont le silence a été absolu, à l'exception de cette image : finir naturellement ma vie. Je n'ai parlé qu'avec la mer. Ce sont les uniques moments où je n'ai pas d'histoire et où je suis en dehors du temps.

Je ne sais pas quand la femme adulte est devenue vielle comme les pyramides. Mais soudain tout a commencé à exister autrement et le temps à s'écouler entre ma joie de vivre et les séparations, qui ont marqué de façon permanente mon devenir. Mes pas sur la plage, mes empruntes sur le sable, ici, maintenant, entièrement. L'eau effaçait les empruntes et j'en créais de nouvelles. Il y a eu de plus en plus de séparations. Après, il y a eu le départ définitif en France, voici pratiquement vingt sept ans, poussée par l'envie consciente de créer deux pôles d'attractions dans deux continents différents, comme mécanisme suprême pour me mettre en dehors du temps.

Aujourd'hui, en dehors du temps, je me souviens seulement de certaines dates précises, marquant des événements. Je suis en dehors du temps, insouciante, transitant entre deux continents avec cinq heures de décalage horaire.

***

Je viens de relire ce que j'ai écrit le 18 novembre dernier. Je parle des générations de mes grands parents et de mes parents : je ne suis plus d'accord avec l'histoire des générations. Depuis, j'ai compris qu'il n'y a pas de générations, mais « des vivants et des morts ». Oui, c'est incroyable de partager un même temps, dans cette vie ici-bas avec les autres. C'est la coexistence qui compte. Il y a ceux qui ne sont pas encore nés et ceux qui sont déjà partis ; ils ont fait partie de notre vie sur terre ou en feront partie plus tard. Je suis, sans aucun doute, la fille de quelqu'un qui représente pour moi un modèle de mère.

Je pense aux bras de Mathilde et je ressens, quand je m'abandonne, qu'elle devient, par magie, l'image rêvée de l'accueil maternel.

Beaucoup de jeunes sont partis, une proportion plus importante que celle des personnes âgées.

Un jour, quelqu'un m'a demandé d'aller acheter un pendule. Dans le magasin, le vendeur m'a expliqué, sur ma main, comment fonctionnait ce fameux pendule. Il a dit à mon mari : « prenez garde à elle, car elle est plus proche de ses morts que des vivants ». Il était étonné, pas moi, car j'ai vécu une histoire avec ceux qui ne sont plus là, et je suis en train de construire des histoires avec ceux qui partagent mon temps aujourd'hui.

Si j'avais su que tu partirais un jour avant moi, je t'aurais donné un peu de mon âme pour que tu ne partes pas sans bagage.

Je ne sais pas où nous allons maintenant. Sûrement vers une nouvelle séparation, mais, cette fois, je voudrais être consciente et ressentir que nous vivons chaque instant en plénitude. J'aurais bien voulu être heureuse, mais tellement de choses m'ont échappé !

Suis-je coupable ? Et si c'est le cas, de quoi ? De ne pas être restée à tes côtés, les yeux dans les yeux ?

De toute façon, je crois que cela aurait été parfait, mais étions-nous au courant de l'horreur de la séparation ? Tu m'envoyais vers le monde, tu me poussais à conquérir des territoires nouveaux et je me suis perdue dans les méandres de tes propres rêves. Tu organisais et je faisais.

Après toi, des temps différents se sont écoulés. D'autres sont venus, il y a eu des histoires fugitives, des rêves transitoires et j'ai eu la deuxième partie de mon histoire à construire, car il faut bâtir !

Il n'y a pas de nostalgie, je ne regrette pas le passage. Quelque part en moi, j'ai très peur. Peur de dire adieu sans avoir connu le bonheur, mais la fugacité est la loi du temps…

Fait à Paris, le vendredi 11 novembre 2005
et la circulation devient infernale.
Je voudrais arrêter la clepsydre du temps
et aimer en confiance,
mais pour cela il faudra que
tu me promettes l'éternité.

***

Je ne peux pas m'imaginer la fin de ce thème, combien de temps nous faudra-t-il pour qu'il revienne ? Serons-nous encore ici sur terre ? Finalement, je suis triste pour tout ce que j'ai voulu dire. Hélas, le temps m'a dérobé. J'ai l'impression d'avoir ouvert une porte lentement, douloureusement peut-être pour oser voir derrière le passé, pour accéder au présent qui s'enfuit dans l'instant, pour accepter un futur dont l'existence devient incertaine. Oui, je suis triste sans l'être véritablement. Un vent froid s'élève sur la plage déserte. Les bruits de l'été se sont enfuis dans une espèce de Sahara maritime. Il n'y a que les dunes et ton souvenir et les tentes sur la plage de Miramar et mon dernier été en Argentine, l'été 78… Nous étions descendus avec notre fils Mario sur la plage d'été, il pleuvait des grosses gouttes. Pas une autre âme que nous deux.

***


À Mario : c'était le dernier été avant mon départ en France le 12 mai 78 pour ne jamais revenir. Nous étions descendus sur la plage et il pleuvait des grosses gouttes et moi je pleurais de grosses larmes douloureuses. Je ne savais pas encore que j'allais partir pour toujours, mais la douleur était là-bas et toi mon fils, tu jouais près de moi en voulant me distraire, mais je pleurais et j'écrivais comme aujourd'hui.

J'avais un cahier à petits carreaux. Je me souviens de toi Mario. Dans ton âme d'enfant, tu dois avoir ressenti ma peine sans raison. Il y avait un grand silence et le bruit des vagues déferlant sur le sable, lequel n'était plus doré, mais gris comme le ciel, comme ma pauvre âme de solitaire. À travers le temps, je reviens vers toi mon fils bien aimé et vers ce moment que le temps, impitoyablement, m'a dérobé. Voici mon fils comment je t'aime et dans ma solution de vivre en dehors du temps j'arrive à te voir dans mon présent éternel.

Par ailleurs, il y a déjà 15 ans que ton frère est parti et naturellement ce ne pouvait être ni au mois de février, ni au mois de mars, ni même en décembre. Tous les novembres de notre vie ont-ils été noirs ? Pour moi oui, car c'était la fin de l'année scolaire. Les fêtes arrivaient. La chaleur se posait sur Buenos Aires et il n'y avait encore ni la plage ni la piscine. Seulement la confusion organisée des examens de fin d'année et la préparation des grandes vacances. Difficulté pour partir, mais aussi pour revenir.

***

Mario, la nuit tombe sur Paris et tu es à Buenos Aires. Souviens-toi, si un jour tu arrives à me lire qu'il y a eu un jour face à la mer où tu étais, en dehors de toute chronologie – âge, conditions ou disons génération –, mon ami bien aimé. Mon ange : peut-être ne sauras-tu jamais combien je t'aime. Mon amour se multiplie à travers le temps grâce au temps, car, lui, n'est pas si cruel. Est-il une utopie ? Ce cahier existe quelque part, peut-être chez ta sœur à Rio Grande. Tout s'était perdu ce dernier été. L'exode était la solution face au départ de mon père l'année précédente.

Mon père m'a beaucoup marqué, son silence, sa générosité. Il faut absolument que je me dise « basta » à moi-même, car ce thème ne pourra, pour moi, se finir que le dernier instant, de la dernière minute, de la dernière heure, du dernier jour de ma vie.

Un mot avant de partir vers l'urgence de l'agenda : il y a quelques années, j'ai écrit « des contes de Marée Haute » pour la faculté des lettres classiques de la Sorbonne dans les langues française et espagnole. « Tentation de poète » est un conte pour adulte sur le temps, une histoire d'amour en principe inachevée. Je transmets ce texte, car il m'est cher. Je ne saurai jamais la fin de l'histoire, mais les protagonistes sont partis en dehors du temps, comme moi-même je l'ai fait. L'unique question que je voudrais te poser, mon fils, avant de fermer ce nouveau cahier à carreaux, c'est « Te souviens-tu de cet après-midi sur la plage au mois de mars 78 ? ». Il pleuvait. Il était 15 heures.

Fait à Paris le 29 novembre 2005
et rendu à 15 heures, dernier chapitre d'une histoire interminable et inachevée.
Il fait froid, temps d'hiver, silence,
feuilles tombant vers un destin inconnu.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



« Tempus fugit » dit une citation latine. C'est l'image qui surgit à ma conscience quand je me penche sur le thème. Comme si le temps luttait constamment contre notre tendance à retenir les choses, à maintenir un environnement aussi stable que possible, dont les défauts considérés comme pathologiques ou simplement défensifs au sens psychologique, au-delà de la normalité, sont le radinisme, le collectionnisme, voire la propriété (pourtant à la base du fonctionnement de toutes nos sociétés).

Le temps est cet impalpable, qui déroule notre quotidien, accompagne chacun de nos actes, chacune de nos pensées, chaque sentiment de notre vécu, car la vie est éphémérité et toute chose de notre monde ne peut échapper à l'action du temps, avec un début, un pendant et une fin, voire des renaissances…

Le temps est une limite à notre existence (un jour il faut mourir), à notre désir d'éternité, à notre recherche d'idéal (l'idéal n'est qu'une frontière inatteignable, en deçà de laquelle il nous faut élaborer, construire et réaliser des projets).

Est-ce le sentiment désagréable, accusateur, morbide, terrifiant du temps qui étreint actuellement mon ventre, mon sternum, et, en fait, de nombreuses parties de mon corps, depuis la gorge jusqu'au bout des orteils ? La psychanalyse nous enseigne et cherche à nous faire comprendre dans sa dimension thérapeutique et didactique qu'il s'agit bien souvent de quelque chose que nous n'avons pas fait que notre inconscient rappelle à notre conscience, à notre lucidité, à notre intelligence, selon un fonctionnement bien psychosomatique ?

Surtout dans nos civilisations occidentales, mais n'est-ce pas universel dans bien d'autres cultures, le temps est cette unité de mesure, qui découpe, organise et structure notre activité quotidienne pour le plus grand profit de nos propres besoins et pour le plus grand respect de la liberté des autres. Tout dans nos sociétés est limité par des repères temporels : notre activité professionnelle, le fonctionnement des transports, grand nombre de nos rencontres, l'utilisation de l'énergie, même les loisirs, la liste pourrait être déclinée à l'infini. Heureusement qu'il en est ainsi, car cette action limitante et de partage de mêmes repères induite par le temps, c'est-à-dire sa structure de langage, permet à chacun d'aménager son propre espace de liberté en fonction de celle des autres.

Même si certaines individualités constituent des cas pathologiques : les éternels en retard, ceux qui parlent pour ne rien dire, les personnes non organisées (mais cela peut arriver à chacun d'entre nous au moins ponctuellement) font perdre du temps aux autres, donc leur énergie et leur capacité à maintenir leur équilibre personnel, mental, psychologique et de santé. Nous touchons là un axe fondamental du temps qui est de structurer et ordonner l'ensemble de nos activités au sein d'une communauté de personnes, pour permettre à chacun de développer au mieux ses projets de vie.

Mais le temps est aussi cet extraordinaire composé universel, ni chimique, ni physique, ni mécanique, ni psychologique, mais utilisant toutes ces dimensions à la fois, qui permet le changement progressif, autonome, harmonieux, peut-être le plus humain, nécessaire à la réalisation complète et réussie de nos projets, pour peu que nous soyons patients et raisonnables. Le temps est un allié précieux dans nos aventures de pensées et d'action, mais qui est pourtant souvent perçu comme un ennemi, à une époque où tout doit fonctionner rapidement dans tous les méandres de nos réseaux d'activités, d'ordre professionnel, familial ou autre, faute de quoi nous pouvons devenir « hors la loi » ou pensons le devenir.

Le temps est une dimension trop transverse de nos existences humaines pour faire l'économie d'une réflexion sur son articulation avec l'ensemble de notre activité et de notre vision du monde. Faisons du temps un partenaire à part entière en comprenant ses mécanismes d'interaction avec notre monde externe et interne, comme « donnez du temps au temps ! », le temps psychologique (chacun réagit à son rythme, qu'il convient de respecter).

Hervé Bernard



Le temps
Quel temps puis-je avoir

Comment croire en toi

Tu ne te montres pas
Tu fuis dès qu'on t'observe
Tu me prends par défaut
Tu m'assommes
Tu te joues de moi

Je ne crois pas en toi
Et pourtant tu m'habites

Tu me fais voyager
Tu me fais miroiter
Tu me rends presque heureux

Je frôle ma liberté
Quelques instants

Nous ne serons pas seuls

Elle prend le pouvoir
Elle est éternité
Justes
Nous la servirons

Tous trois ensemble
Nous vivrons l'équilibre

Je veux prier humblement
La réconciliation
Avec nos quelques forces
Les chercheurs
Merci

J'attends ce jour
Qui vient à chaque instant
J'appelle j'attends
Serein

La connaissance
J'ai cru savoir beaucoup
J'ai su ne rien connaître
Je cherche dans l'instant
Ce que je pourrais voir

J'entends beaucoup
J'observe répète
M'agite et m'insurge
Je ne cherche pas pourquoi

Au moins je me sais là
Maintenant
C'est ma satisfaction
Je suis là

Mon corps sait les parfums
Ma pensée les lois
Mon cœur les dangers
L'âme les observe

Quelque part il y a du vrai
Quelque part est objectif
Je veux être emporté
Je vais être guidé

Je ne peux rien connaître
Mais laisser une place
Me laisser traverser
Que la connaissance éclate

Que de calme
Que d'humilité j'ai besoin
Oublier mes illusions
Egorger mes fantasmes

Me laisser traverser
Pourrai-je y arriver
Il faut me rappeler
Les bergers sont sur la route

Merci à vous
Pitié à toi
Que mes portes s'ouvrent
Que le règne soit.

Gaël Bouket



« Tel qu`en lui-même l`éternité le change… »
Edgar Poë, Épitaphe

Incontestablement l'idée du temps nous angoisse. Pourquoi ? Parce qu'il marque une limite sur laquelle nous n'avons aucune prise. Vouloir le retenir ou le projeter dans le futur ou faire encore qu'il n'ait jamais existé, de quelque façon que ce soit, il nous échappe. Nous sommes frustrés, car la condition humaine est soumise à la temporalité sans que nous y soyons pour quelque chose ; et nous en avons peur. Cependant le temps n'existe pas en dehors de nous ; mais est-ce lui qui nous entraîne ? Ou nous qui l'entraînons ? Il est évident que nous le créons par nos propres mouvements dans l`espace, mais c'est lui qui nous marque de ses transformations successives et irréversibles dans notre corporalité du premier cri au dernier.

Lorsque nous essayons de le définir nous sommes face à des concepts qui s'adressent à notre intelligence ou à notre monde de l'imaginaire, mais restent en dehors de nous-mêmes. Une abstraction ne s'épouse pas, ne s'incorpore pas ; obligation est de revenir dans le monde du concret si nous voulons y comprendre quelque chose.

Le point de départ est la conscience que nous en avons, mais conscience et temps sont deux données insaisissables, cependant lorsqu'on parle de l'un ou de l'autre on sait par expérience de quoi il s'agit. Plus on est dans le réel et plus l'approche du temps devient aiguë. Une des premières constatations qu'on fait les hommes de science a été de démontrer que le temps et l'espace n'existaient pas isolément. La distance spatiale a même valeur que la distance temporelle ; le temps joue le même rôle à l'instar des trois dimensions de l'espace, il est ainsi quadridimensionnel. Comme on ne peut visualiser l'espace-temps, force est pour les physiciens de le traiter par analogie mathématique.

En l'absence de représentations mentales du temps, les anciens l'avaient symbolisé en le personnifiant de nombreuses images ; retenons en autres, les trois fileuses, les trois Parques, dont la première tenait la quenouille et filait le destin lors de la naissance, la seconde présidait à l'apogée de la vie et la troisième coupait le fil, lorsque les trois destinées étaient accomplies. Le langage à changé, mais cette symbolique est toujours d`actualité. Détiendraient-elles les commandes du ruban ADN contenant le programme génétique de notre parcours terrestre répondant ainsi au mythe d'un éternel retour ?

L'œuvre du temps repose sur des lois et la nature fait loi. Tout le vivant est marqué par un rythme particulier, car tout respire dans la nature. Chaque être humain à un rythme qui est son signe distinctif, sa mesure et son nombre. Lié à sa respiration il marque le mouvement de sa pensée et en détermine le style. Le temps, le rythme, le nombre font de nous des êtres uniques, c'est pourquoi le temps est une notion entièrement subjective. De même, chaque astre a son rythme particulier et son propre caractère structural. Le temps cosmique n'est pas le même que celui de la terre.

Le temps, l'espace, le mouvement, nous laissent rêveurs. Dans ce déploiement de milliards d'étoiles de la voie lactée à laquelle nous appartenons, quelle est la place de l'être humain depuis que l'on ne considère plus l'homme comme le centre du monde ? La science nous montre qu'un programme défini se déroule dans l'univers indiquant la présence d'un Dieu cosmique pour les uns ou d'un Dieu personnel pour les autres. « Dieu est mort » disait Nietzsche, et avec lui le sens de l'éternité. Mais un temps sans éternité donne le monde de l'absurde, vidé de toute transcendance, car c'est le temps transcendé qui devient éternité. Les postulants au monde de l'infini privilégient l'esprit et ne vivent pas de la même manière que ceux tournés vers le monde des idoles largement fournies par la modernité qui confond « possession et plénitude. » Les pensées plates fourmillent à notre époque et n'ont aucune résonance, elles n'ont pas été déposées dans le temps qui leur aurait donné une perspective et un relief. Le temps ne fait-il pas toujours éclore ce qui est à l'état de semence ?

Essayons de demeurer sur terre et contentons-nous d'ajuster notre propre rythme au temps qui s`écoule ; nous aurons une meilleure approche de nous-mêmes, davantage de lucidité sur nos possibilités et capacité de concentration et d'action.

Il y a plusieurs façons d'interpréter le temps. L'homme moderne fait la distinction entre le temps biologique du physique de l'historique, du philosophique ou du théologique, etc. Et le temps de l'amour et des moments parfaits…

Pour Freud, le développement psychosexuel de l'être humain a ses lois fondées sur un temps biologique bien déterminé et se poursuit selon une série de stades à travers les âges jusqu'à son achèvement neurologiques.

L'originalité de Yung aura été sa réflexion à propos de certaines coïncidences mettant quelquefois des individus en relation sans cause apparente ; relations qui engageaient leur destin par de multiples faits imprévisibles. À quelle loi répondaient ces correspondances ? On ne pouvait les attribuer qu'au hasard, mais quel sens pouvait-on donner à cette articulation inhabituelle du temps qui échappait à toute logique? s`interrogeait Yung. Je croirais que cette « synchronisation » prend son origine dans une configuration plus subtile. Il n'y a pas de hasard, mais une ordonnance du temps selon laquelle peut s'établir une communication entre les inconscients des individus mis en contact. Ce phénomène se confirme par des positions planétaires lorsque l'on compare des horoscopes, on y découvre en effet des correspondances planétaires qui n'ont rien d'innocent dans quelque domaine que ce soit. Sinon, rien ne se passe.

Il a été démontré que nous avons été créés avec de la poussière d'étoiles, il y a donc un lien entre l'ordre cosmique et l'ordre humain. Ainsi les hommes s'en vont, mais l'éternité est déjà commencée pour nous, car nous avons accès « ici et maintenant » à la source intérieure qui nous habite.

Jeanine Ercole



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SOS Psychologue



Notion essentielle, lien entre le passé, le présent et l'avenir, ce moteur part de la notion de désir vers le plaisir et sa réalisation, dans un mouvement qui donne sens à cette masse que nous sommes. En soi, celle-ci n'est qu'objet, sans intérêt, sans valeur et sa mise en lumière, sa signification, sa naissance tient en cette formule d'Einstein : E = mc2. La masse prend sens avec la célérité et devient mouvement, sous forme d'énergie, de dynamique. Voilà donc ce qui met en lumière, ce qui met en vie. Par delà cette vision, il y a une essence qui compose cette énergie et nous pousse en avant. À chacun de définir sur son chemin de vie ce qui est désir en lui, que ce soit une religion, une vocation, un défi, des valeurs, de simples objectifs. Ce qui nous inscrit dans le mouvement c'est cette quête, quête de nous-même, quête de la vie dans un univers infini et dans lequel nous sommes inscrit dans un espace temps par le simple fait de notre existence.

Voyage en dehors du temps et de l'espace d'un rêve partagé par Tristan et Agnès
Agnès de Viaris